Avec la verve et l’invention qui font sa patte, l’auteure ridiculise les essayistes pressé-e-s de dénoncer la "domination féminine", les rappeurs qui prétendent atteindre son papa en s’en prenant à Marine Le Pen, les épiciers ravis de pouvoir compter, pour vendre leurs déodorants garantis zéro auréole et leurs serviettes hygiéniques insubmersibles, sur des diktats de perfection physique absurdes mais intériorisés par bon nombre de femmes.
Ce sont aussi des histoires de gâchis, et des désastres qu’on aurait pu éviter, en poursuivant la lutte contre le sexisme : "le patriarcat n’a été remis en cause qu’en surface. En profondeur, il se maintient." De là, suggère Isabelle Alonso, provient la persistance des violences envers les femmes, et particulièrement la prostitution. La prostitution, "très vieux droit de l’homme, celui d’accéder au corps des femmes (...) institution, colonne du temple" jamais combattue, à la différence des personnes prostituées, "réprimées plus souvent qu’à leur tour".
Ni la très partielle "libération sexuelle", ni les superficielles mesures de compartimentation - pas les mineur-e-s, pas les forcée-e-s... - ne peuvent agir contre le système prostitutionnel, qui continue à conforter les hommes dans leurs réflexes inégalitaires : "Faut-il que le conditionnement social, qui leur dit que leur bite a tous les droits, soit massif, incontournable, incontestable".
Sous prétexte de rendre compte de la "révolution clandestine" des femmes, "Même pas mal !", au fil d’une trentaine de courts chapitres vivaces et drôles, nous encourage à combattre, précisément, les inégalités de tout poil : les massives, les incontournables et les incontestables.
Elise Guiraud