La tâche était difficile ; enquêter sur un sujet profondément tabou, où il est parfois hasardeux de faire la part entre rumeur et réalité. Que peut-on savoir aujourd’hui de la prostitution occasionnelle ? C’est la question qu’a décidé de poser la délégation d’Indre-et-Loire du Mouvement du Nid à l’ensemble des acteurs sociaux du département, autour de la définition suivante : “échange occasionnel d’une pratique sexuelle contre un avantage matériel (argent, repas, hébergement...) ou psychologique (protection, présence masculine ponctuelle ...), activité qui n’est pas centrale pour la personne”.
Parmi les acteurs sociaux interrogés, 41 % ont affirmé avoir rencontré des cas avérés de personnes exerçant la prostitution occasionnelle et cité le plus fréquemment la tranche d’âge 18/25 ans.
Le phénomène semble toucher en priorité des femmes de nationalité française, jeunes, vulnérables, en errance, en quête d’identité, souvent seules avec enfants, parfois sous l’emprise d’un compagnon ou de la drogue, souffrant presque toujours d’une grande détresse financière et psychologique.
En revanche, les lieux de pratique sont mal connus. L’enquête, dont l’analyse a été confiée à Sylvie Derschka, journaliste et philosophe, a mis en lumière des difficultés évidentes de repérage, mais aussi les réticences des acteurs sociaux à aborder la question avec les personnes rencontrées ; ils les justifient par le respect de la vie privée, l’absence de temps, la peur d’aborder un tabou, la méconnaissance ou un sentiment d’impuissance.
Toutefois, la plupart se montrent sensibilisés à la question et considèrent la prostitution occasionnelle comme tout aussi déstructurante que la prostitution de rue. Ils expriment une demande forte d’informations et de formations adaptées, la nécessité de travailler en réseau, de créer des lieux d’accueil, de mieux prendre en compte le milieu rural et de développer la prévention en direction des jeunes.
Les solutions qu’ils envisagent pour les personnes s’appuient sur le dialogue, l’écoute et l’absence de tout jugement moral, dans le souci de les laisser actrices de leurs choix.