À Saïgon, de nos jours, les vies de cinq personnages se côtoient, se croisent parfois au rythme d’un montage alterné qui fait se succéder jours et nuits, sérénité "campagnarde" et agitation citadine.
Pris dans leur vie quotidienne la plus répétitive et presque documentaire, ces personnages sont symboliques d’un pays qui, coincé entre un passé sclérosé ou douloureux et une modernité plaquée, peine à trouver son identité et risque de perdre son âme, prostituée aux puissances du profit.
Les deux rôles féminins illustrent particulièrement cette thématique : la jeune paysanne cueillant avec lenteur et application les lotus parfumés n’a pas de nom, à peine une histoire, et se soumet à l’autorité obscure d’un maître-poète caché au fond d’un vieux temple abandonné... Tandis que la jeune call-girl subit les caprices des nouveaux riches qu’elle rencontre dans les palaces, croyant échapper à la misère et choisir son destin.
Mais leur aliénation n’est que temporaire et la fin du film, peut-être exagérément optimiste, nous les montre, l’une noyant les poèmes du maître dans l’étang de son enfance en un geste d’hommage et de libération ; l’autre, entamant sa "rédemption", grâce à l’amour désintéressé d’un conducteur de pousse-pousse.
"Documentaire", esthétique sans préciosité, le film réussit à conjuguer une attention extrême aux détails et une ambition d’ensemble intéressante, même si la symbolique en est parfois un peu trop appuyée.
Muriel Lhermé