C’est bien le mal de vivre qui pousse à prendre les pires chemins qui soient, les plus destructeurs, les plus impitoyables. Ceux qui ont vu l’excellent film de Jean-Michel Carré, "Les trottoirs de Paris" avaient déjà été bouleversés par le récit implacable de cette blondinette arpentant les trottoirs de Nation pour payer ses doses d’héroine - et bien souvent celles d’un "bon copain" vivant à ses crochets.
C’est dans un livre, cette fois, que Bénédicte poursuit la traque de sa propre histoire, et les méandres qui l’ont amenée à jouer avec la mort et à se faire piéger dans un engrenage resté longtemps sans issue. Récit passionnant et éclairant : les rapports avec la mère, le père (faux Che Guevara idéaliste mais lâche), le viol dans la petite enfance, les comptes à régler avec un corps encombrant.
Et puis le trottoir, la drogue, devenus peu à peu le seul horizon des journées, un "enfer dont je n’avais pas le temps de prendre conscience, une vie même pas au jour le jour mais à l’heure l’heure" ; avec ce sentiment de famille dont le trottoir sait donner l’illusion, les fausses amours qui ne sont que des arrangements de temps de galère ; les clients, sinistres utilisateurs de détresse, souvent pitoyables et pleins de certitudes imbéciles, qui sont prêts à payer "pour le pire plaisir qui soit".
Par chance, Bénédicte a su garder au fond d’elle-même une solide petite flamme. Le jour où l’équipe de Jean-Michel Carré a souhaité recueillir son témoignage pour la télévision, elle a foncé. Pour respirer, se délivrer. Pour que sa mère sache.
En jouant le tout pour le tout, Bénédicte a misé juste. Et on ne peut s’empêcher de sortir de ce livre infernal l’esprit réjoui. Parce qu’elle le dit, l’écrit, le crie : " C’est fini. " Et parce qu’on lui souhaite un bel avenir, tel qu’elle le mérite. Bonne vie, Bénédicte !
Pauline Jeanne