Le Mouvement du Nid - France
est aussi sur Facebook


Parce que l'information et la connaissance des réalités du systême de la prostitution sont des armes irremplaçables, nous vous invitons à découvrir ou faire connaître notre revue, Prostitution et Société.

Vous y trouverez des témoignages, de l'actualité et des analyses.

Depuis peu, Prostitution et Société se double d'une version en ligne : prostitutionetsociete.fr


A lire également :


Cinéma étranger


Iran


Ten

Drame d’Abbas Kiarostami, 2002.



Être une femme à Téhéran : portraits sensibles.


Ten apparaît tout d’abord comme une gageure, un décor unique, l’intérieur d’une voiture, un fil directeur ténu, les déambulations de sa conductrice dans Téhéran et une succession de conversations avec ses passagers.

Ce parti-pris radical a le mérite de concentrer l’attention du spectateur sur l’essentiel : la condition féminine en Iran, aujourd’hui. En effet, hormis le fils de la conductrice, macho en herbe, ce sont des femmes qui se livrent devant la caméra, ou plutôt, une seule femme, à différents âges et dans différentes situations douloureuses : la fiancée abandonnée, l’épouse trahie, la divorcée culpabilisée par son fils...

Deux visages sont absents, ceux de la vieille femme pieuse et celui de la personne prostituée, car, selon le réalisateur, elles se livrent à des activités "très privées" qui, symboliquement, se refusent à l’image.

Privé de visage, le personnage existe néanmoins par sa voix, provocatrice, et par son discours "iconoclaste" : face à une condition féminine aliénante, elle affirme son refus de tout attachement et sa liberté affective.

Fruit de l’oppression qui étouffe les femmes de Téhéran, le discours de la personne prostituée fait ressentir la détresse et la confusion qui empoisonne leur vie de femme : "C’est un métier et je l’aime bien", "La prostitution, c’est donnant-donnant, comme dans le mariage".

Dans une histoire qui interroge avec subtilité les liens complexes entre hommes et femmes dans une société bloquée, la personne prostituée incarne, de toute évidence, pour le réalisateur, une certaine liberté.

Hélas, cette contre-vérité absolue renvoie le personnage à sa non-existence : elle n’est que le révélateur de l’aliénation des "femmes honnêtes". Dans le scénario, comme dans la société, elle est moins individu qu’"utilitaire" !

Muriel Lhermé


Prostitution & Société n°139 / octobre - décembre 2002.


Copyright 2005 - Mouvement du Nid - Secrétariat national - BP 63 - 92114 CLICHY Cedex - France - Tous droits réservés - Mentions légales