Mitra Farahani, trente ans, née à Téhéran et étudiante à Paris, choisit de questionner la sexualité de ces femmes ; un objet moins individuel qu’il n’y paraît, car codifiée à l’extrême par les islamistes au pouvoir depuis 1979.
La réalisatrice livre après trois années de préparation un documentaire hors-norme, à trois voix : le récit des femmes, les imprécations des tenants de la Révolution islamique, et le dialogue entre Zohre et Manouchehr, deux héros d’un poème érotique du siècle dernier, dont les épisodes sont racontés à divers moments du film.
Le spectateur reçoit les témoignages des unes et des autres : une jeune fille danse sensuellement sur l’estrade d’une boîte de nuit, lors d’un concert, ignorant qu’il sera télédiffusé ; un homme célèbre le sigeh (le mariage temporaire), avec une jeune femme prostituée. Le prix de la passe, c’est la dot. À peine "divorcés", il lui reproche son maquillage, ses chaussures à talons hauts sous son tchador... Une transsexuelle et une jeune fille se prostituent sans cesser d’être vierges, en gardant l’espoir d’un beau mariage ; "Et, à partir de ce jour-là, quand je serai une honorable femme mariée... qui pourra dire que je faisais ’ça’ pour la subsistance de ma famille ?"
En regard des détresses et des révoltes féminines, les paroles masculines font d’autant mieux ressortir le rôle dévolu aux femmes : être la mère des martyrs de l’Islam, puissante figure nationaliste depuis la guerre contre l’Irak ; ou incarner toutes les turpitudes de la nature humaine, une illustration vivante de la nécessité des plus violentes répressions, comme l’explique un chef religieux avec une bonhomie glaçante.
Si déplacés qu’on les croirait venant d’un autre film, Zohre et Manouchehr filent un discours poétique, loin des tourments qu’on devine seulement dans les paroles de ces Iraniennes interrogées de manière hélas trop superficielle.
Elise Guiraud