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Analyse de la prostitution


Stéphanie Pryen


Stigmate et métier. Une approche sociologique de la prostitution de rue

Presses Universitaires de Rennes, 1999.



Un toilettage de poncifs poussiéreux - mais décidément tenaces -, et une observation de terrain plutôt biaisée produisent une énième étude vantant l’aménagement de la prostitution.


"Si la prostitution est un stigmate, elle est aussi un métier".
C’est autour de cette double affirmation que Stéphanie Pryen, sociologue lilloise, a bâti son approche de la prostitution de rue, telle qu’elle a pu l’observer sur les trottoirs de la métropole du Nord.

Initiée dans le contexte de la prévention du sida, sa recherche s’appuie sur l’idée que la prostitution n’est une déviance qu’en fonction du regard social qui la construit. Elle a donc cherché à se dégager de toute perspective morale et à rendre compte des pratiques et du point de vue de celles et ceux qui exercent cette activité.

Un certain nombre de constats sont incontestables : l’hypocrisie sociale qui consiste à considérer la prostitution comme un sale boulot, en le jugeant nécessaire et en feignant de l’ignorer ; les ambiguïtés du régime abolitionniste, tiraillé entre la soi-disant liberté de se prostituer et les interdictions réelles qui empêchent de l’exercer.

Après quoi... Peut-on réellement vanter les mérites d’un "métier de service personnalisé" qui "répond de manière nécessaire à des besoins de sexualité (...) mais aussi de communication, de soutien moral, de changement, sans détruire la vie familiale", "sans risquer de briser le ménage", "sans complications, sans engagements, en échange d’un bénéfice financier pour la prostituée" ?

Peut-on dans la foulée, décrire la relation qui lie la jeune fille prostituée droguée et son compagnon chargé de "défendre, protéger, surveiller" comme un "travail d’équipe", une collaboration, un "échange négocié" ? Le terme de proxénète choque l’auteur, d’autant, dit-elle, que le jeune homme n’emploie pas toujours - on goûtera le terme - "la violence physique pensée comme inhérente au proxénétisme". Si l’on comprend bien, finie l’exploitation, oubliés les rapports de pouvoir et d’utilisation de l’autre.

Fondant sa réflexion sur une expérience de santé communautaire, Stéphanie Pryen le dit clairement : "la perspective de la disparition de la prostitution ne s’accorde pas avec celle de la réduction des risques".

Un tel ouvrage est au coeur des tensions vives qui traversent l’actuel débat sur la prostitution. Si la présence auprès des personnes prostituées, le respect qui leur est dû, le refus de les montrer du doigt sont à saluer, faut-il pour autant cautionner le système qui les exploite ? Et pour leur rendre une dignité, faire de la prostitution un métier à défendre ?

Des clichés du Café du Commerce aux thèses de certains sociologues, les discours aboutissent au même résultat : fermer les yeux sur les rapports du pouvoir, l’usage archaïque du corps des femmes et des garçons, la caricature de sexualité qui sont au coeur du rapport prostitutionnel. Brosser le grand marché libéral dans le sens du poil en banalisant la marchandisation des personnes.

Pauline Jeanne


Prostitution et Société n°129 / avril - juin 2000.


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