Loin de la glorification du libéralisme économique de la fin des années 80, So Close to Paradise montre les exclus, les perdants d’un système qui les humilie avant de les rejeter : Dong, un jeune campagnard inexpérimenté vient tenter sa chance en ville, auprès d’un aîné, Gao Ping, qui trafique en croyant s’enrichir. Escroqué, celui-là organise l’enlèvement d’une jeune "chanteuse de karaoké", Ruan, la maîtresse de l’escroc.
Réticent et fasciné, Dong voit leur relation évoluer vers une liaison fruste... tandis qu’il s’éveille au désir. La disparition de Gao Ping, recherché par la mafia et par la police, va les laisser l’un en face de l’autre, dans des restaurants miteux où la pudeur des sentiments est soulignée, sans ironie, par une musique sirupeuse.
Mais la réalité de la prostitution n’est jamais loin, entre la violence du souteneur auquel "Ruan appartient", les petites cabines aux rideaux tirés du "karaoké" et les images somnambuliques d’une descente de police dans ce même décor.
Et le discours officiel optimiste est discrètement masqué -censure oblige- lorsque Ruan, arrêtée, doit affronter une journaliste, toute compassion, dans le cadre d’un programme de réinsertion des personnes prostituées, transformé en reality-show, auquel elle ne prête que son mutisme et son visage en larmes.
S’il n’échappe pas à certains clichés, les vêtements provocants et la sentimentalité convenue du personnage de Ruan, par exemple, le film est audacieux, par ce qu’il montre, sans voyeurisme, délicat dans ce qu’il suggère. Il réussit par là à imposer sa démarche personnelle au très officiel "bureau du cinéma national" de Pékin.
Muriel Lhermé