La prostitution est toujours le résultat d’une souffrance, la conséquence de blessures profondes et anciennes. Perçue comme la seule possibilité de survivre ou même d’exister, elle est en réalité l’aboutissement d’une crise, d’un espoir, d’une contrainte ou d’une violence, d’une carence affective ou familiale, associés à des conditions économiques et sociales difficiles.
Quand on a appris des personnes prostituées à quel point leur pèse leur condition, peut-on encore croire qu’il y a une liberté à "choisir" un destin d’aliénation et de violence ?
Si quitter la prostitution est au fond, une aspiration de toutes les personnes prostituées, quel que soit le discours qu’elles tiennent, les obstacles sont nombreux. La prostitution constitue un puissant enfermement, dont il est difficile de s’extraire. Système d’exclusion, elle conduit les personnes à se sentir infériorisées, à perdre toute confiance en soi, à nourrir une peur immense de la société "normale".
La manque de formation professionnelle ne fait souvent qu’ajouter au sentiment de situation sans issue. Voilà pourquoi nombre d’entrées "provisoires" dans la prostitution se révèlent durables.
La société - et principalement le client - préfèrent croire à la liberté de la personne prostituée afin d’éviter tout questionnement, toute culpabilisation. S’ils cessaient d’entretenir ce mythe, ils seraient conduits à s’interroger sur elle comme sur eux-mêmes. Or, le recours à la prostitution équivaut pour le client à une fuite, une facilité. C’est un comportement infantile qui protège justement de toute interrogation fondamentale.