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Cinéma français


Rue des plaisirs

Mélodrame de Patrice Leconte, avec Patrick Timsit, Laetitia Casta, Vincent Elbaz... 2002.



Un discours nauséabond.


"Rue des plaisirs" prend pour cadre une "maison" comme il en existait avant 1945. C’est justement de leur fermeture, suite à la loi Marthe Richard, et les conséquences pour ses pensionnaires, dont traite le film en filigrane. Même si le réalisme n’est pas l’objectif de Patrice Leconte, le cinéaste fait la part belle au fantasme et à l’exotisme, drainant au passage, un discours favorable à une réouverture.

Trois prostituées font le tapin dans une rue pluvieuse. Deux d’entre elles se souviennent du "Palais oriental", un bordel où elles travaillaient et où était né P’tit Louis, devenu l’homme à tout faire de la maison. En 1945, alors que l’établissement doit fermer, P’tit Louis, amoureux transi de Marion, cherche l’homme qui saura la rendre heureuse...

Avec un sujet aussi mélo, Patrice Leconte passe par tous les clichés du milieu où il plante son action, tout en faisant preuve d’invention audacieuse dans la mise en scène.

Il n’en reste pas moins qu’à la vision se dégage l’impression d’un quasi militantisme en faveur de la réouverture des maisons closes, débat très en vogue ces derniers temps dans les dîners. Le trait est résumé dans ces mots, mis dans la bouche de Catherine Mouchet : "Autrefois, on vivait bien en maison ; aujoud’hui, on est dans la rue".

Cette vision simpliste est d’autant plus dangeureuse qu’elle est très largement répandue. En réalité, l’immense majorité des filles des maisons ne pensaient qu’à une chose : s’échapper. Quitte à vivre de leurs charmes, mais hors les murs. Le principal atout étant de pouvoir refuser un client - notion impensable, ou réprimée - dans une maison. La perspective de se retrouver dans une maison close, en Allemagne par exemple, terrorise les personnes prostituées lorsque leurs proxénètes les en menacent.

Le film abonde dans le sens d’une idéologie patriarcale qui fait encore des femmes, à toutes les strates de nos sociétés, l’instrument des hommes, le stade ultime étant son exploitation sexuelle. Toutes les lois sur la parité n’y feront rien. Au mieux, elles seront l’agent d’un travail à long terme sur les consciences. Inconsciemment, "Rue des plaisirs" participe, lui, de cette léthargie à tous les étages.

Jacky Bornet


Prostitution et Société n°136 / janvier - mars 2002.


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