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Études et rapports


Novembre 2000


"Printemps" : sortir de la prostitution pour une insertion durable

Une étude réalisée par Didier Landau.



Malgré la mission de réinsertion des personnes prostituées qui incombe à l’État, peu d’études ont été réalisées sur cet aspect du systême prostitutionnel.
L’enquête Printemps vient ainsi combler un vide, en faisant le point sur les "leviers" et les "freins" en oeuvre dans les stratégies de départ hors de la prostitution.


Cette enquête s’appuie sur le point de vue de personnes sorties de la prostitution depuis au moins trois ans. 75 entretiens [1] ont été réalisés dans 22 villes de France d’octobre 1999 à janvier 2000.

L’échantillon
La population de l’enquête a une moyenne d’âge de 46 ans ; plusieurs générations y sont représentées. Leur niveau de formation initiale était faible.

Les personnes interrogées ont eu un proxénète dans 61% des cas [2]. 51% étaient toxico-dépendantes. Elles ont commencé à se prostituer à 22 ans et sont restées 11 ans dans la prostitution, en moyenne.

43% d’entre elles ont connu des violences sexuelles dans leur enfance, 80% ont été en situation d’errance familiale ou institutionnelle, puis en situation de rupture familiale (avant ou durant la prostitution) dans 87% des situations.

Ce qui ressort fortement des témoignages, ce sont des histoires individuelles chaotiques, faites de ruptures familiales, de violences sexuelles subies, d’absence de modèles parentaux positifs... La plupart ont été en échec scolaire. Les expériences professionnelles sont majoritairement associées à des "petits boulots" successifs et non choisis.

Les obstacles à la réinsertion
Les traits dominants qui caractérisent ces personnes en réinsertion sont, en termes de freins : une image de soi négative, une défiance à l’égard des travailleurs sociaux et de l’administration, la souffrance et la peur du regard des autres. L’alcool ou la drogue, quand ils sont présents, entretiennent ou rendent nécessaire la prostitution.

Les administrations sont vues, soit comme humanisées à travers une personne qui joue un rôle important, soit déshumanisées, comme une machine qui ne prend pas en compte les personnes et ce qu’elles vivent. La perception de la police, de l’État et de la durée des procédures est particulièrement négative.

Les anciens clients apparaissent comme un frein à la réinsertion. Ils sont la hantise de nombreuses personnes qui craignent d’être reconnues et sollicitées à nouveau.

L’absence d’argent est évidemment un frein parmi d’autres à la sortie de prostitution. Le rapport à l’argent est souvent marqué par une dépendance à l’égard des autres et de la société.

Les conditions de la réussite

L’enquête permet de dégager quelques lignes de force dans le processus de réussite :

 Le travail sur soi, le soutien psychologique.
 Le fait de renouer des liens sociaux et parfois familiaux.
 Le besoin d’un accompagnement individualisé.

Ce rétablissement des liens sociaux apparaît comme une nécessité pour 76 % des femmes interrogées, contre 57 % des hommes.

Ce besoin est plus fortement ressenti pour les personnes qui ont passé une période plus longue en situation de prostitution. La prostitution apparaît bel et bien comme un lieu d’exclusion sociale, et plus sa durée est longue, plus l’exclusion est forte.

 Le rôle d’événements-déclics. Le plus souvent, une rencontre : un militant d’association, un travailleur social, un médecin, une rencontre amoureuse... Mais aussi, un événement familial, l’arrêt de la drogue ou de l’alcool...

 Les "rechutes" ne sont pas synonymes d’échec. Elles témoignent seulement du besoin de mûrir encore la décision de quitter la prostitution.


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[1] Auprès de 65 femmes, 9 hommes et une personne transsexuelle.

[2] Contrairement aux idées reçues, le proxénétisme est loin d’avoir disparu, y compris chez les "jeunes générations". Pour les "moins de 40 ans" de notre échantillon, 58% des personnes déclaraient avoir un proxénéte, contre 61% des "plus de quarante ans".

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