Dans les films policiers, les séries télévisées, la littérature populaire, les personnages de prostituées reviennent avec une fréquence qui ne reflète en rien la réalité, mais exprime surtout la fascination - en particulier des auteurs masculins - pour ce versant de l’existence féminine.
La personne prostituée appartient à une mythologie bien française, que reflète également la chanson populaire depuis les années 50. Elle est un objet de fascination, permettant à l’artiste de s’acheter un vernis "libertaire" sans prendre de risques.
Il s’agit toujours d’un personnage "pittoresque", au profil psychologique rarement original : par exemple, "la prostituée au grand cœur" continue de faire recette.

- Casque d’or de Jacques Becker, 1951.
Romanciers et cinéastes exploitent facilement l’aura de romantisme attachée à une certaine vision de la prostitution, très édulcorée...
Par exemple, comme les personnes prostituées, en France du moins, n’exercent pas leur activité avec une "pointeuse" et un "petit chef" pour surveiller leurs horaires, on en fait volontiers des personnages "libérés" des contraintes sociales traditionnelles... Elles sont aussi les jeunes femmes "libres" de "donner" leur corps à tout un chacun, mais qui ne sont amoureuses que d’un seul homme, leur "Julot" : la morale est sauve !
La prostitution apparaît presque toujours comme quelque chose d’anodin, de "folklorique", en vertu des fantasmes des auteurs. Les clichés, les mythes ainsi véhiculés finissent par tenir lieu de pensée sur la prostitution.