On ne peut se satisfaire d’analyses qui réduiraient la prostitution et le proxénétisme à des conduites personnelles. Ils constituent un phénomène aux dimensions sociales, familiales, économiques, politiques, éthiques, nationales et internationales.
Il convient de les relier à d’autres faits sociaux, conséquences ou révélateurs d’inégalités, d’injustices, d’exclusions.
La prostitution est un révélateur des dysfonctionnements sociaux, des rapports profonds existant entre les hommes et les femmes, des mécanismes de pouvoir. Alors que notre société est aujourd’hui consciente du fait qu’elle produit de l’exclusion, elle oublie soigneusement de prendre en compte les personnes prostituées, pourtant au bout de la chaîne des exclusions.
Jusqu’à une date récente, le viol était considéré comme un acte "privé" ne concernant que le violeur (si peu) et surtout la victime sur laquelle reposait la faute. Tout le monde est aujourd’hui d’accord pour reconnaître qu’il s’agit d’un crime que la société ne saurait tolérer. De même, il ne viendrait plus à l’idée de personne de ne voir dans la consommation de drogue qu’une affaire "privée" à ne pas remettre en cause au nom de la liberté individuelle.
On continue pourtant à avoir des attitudes archaïques face à la prostitution. Un acte caractérisé d’exploitation de l’autre ne saurait rester cantonné, ignoré, dans la sphère du privé.