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Ouvrages généraux


Franck Michel


Planete sexe. Tourisme sexuel, marchandisation et déshumanisation des corps

Homnisphères, 2006.



L’industrie du sexe, animée par la trilogie profit/rentabilité/concurrence et conjuguée sur le mode du racisme et de la misogynie, a su se travestir en industrie du loisir.


Vieille histoire, hélas « modernisée » par le capitalisme libéral que celle du « tourisme sexuel »… Comme l’indique Franck Michel, les pélerins du Moyen Âge étaient déjà des touristes sexuels. Loin de s’éteindre, il sont aujourd’hui en passe d’exploser.

Dans un contexte de marché à outrance, les Occidentaux, qui ont perdu la bataille de la colonisation, ont trouvé un moyen de reprendre pied dans leurs anciennes possessions : coloniser un nouveau territoire, les corps.

C’est ce nouveau climat social, particulièrement délétère, qu’interroge l’auteur, anthropologue et grand voyageur en rappelant pertinemment qu’une époque déstabilisée ouvre la voie, selon un réflexe séculaire, à l’exercice de violences sur les corps, et spécialement sur le corps des femmes.

Mais l’offensive sait revêtir des atours chatoyants. L’industrie du sexe, animée par la trilogie profit/rentabilité/concurrence et conjuguée sur le mode du racisme et de la misogynie, a su se travestir en industrie du loisir. Avec la complicité des médias, elle valide « le caractère jetable de la femme-produit dans le supermarché du plaisir ». La prostitution est devenue un bien de consommation.

Franck Michel, qui dénonce la légalisation de la prostitution, destinée à recouvrir d’un masque flatteur la normalisation du marché, se livre à une analyse politique sans concession. Il rappelle par exemple les liens, trop oubliés, entre fascisme et sexualité et la dimension de manipulation des masses que comporte cette internationale entreprise d’exploitation sexuelle.

L’analyse est dense et pertinente. L’auteur a raison de soutenir qu’il sera impossible de « combattre efficacement le tourisme sexuel et les réseaux de prostitution dans les pays du Sud et en même temps (de) justifier l’essor de la prostitution dans les pays du Nord. »

Dommage seulement qu’il cède ici ou là aux croyances du moment sur la prostitution « libre », sur les prostituées « volontaires » qui entreraient dans la prostitution « de leur plein gré » et auraient une « autonomie réelle ». L’expérience quotidienne nous apprend qu’elles sont rarissimes et que les contraintes réelles ne sont pas toujours avouables par les premières concernées.

Reste que le livre de Franck Michel procède à une dénonciation salutaire. Nous ne pouvons qu’en soutenir les thèses et l’appuyer dans l’appel qu’il lance aux hommes, jusqu’ici bien silencieux, afin qu’ils se joignent au combat des femmes dans « ces luttes pourtant communes aux deux sexes ».

Claudine Legardinier


Prostitution et Société n°154 juillet-septembre 2006.


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