L’espoir
Ici, pas de mafias, de caïds ou de gangsters superstars. Pas de strass, de paillettes, de "prostituées glamours" comme à la télé. Ici, la misère est mère maquerelle et la drogue proxo en chef.
La prostitution dans le Pas-de-Calais, c’est plusieurs centaines d’hommes et de femmes qui, tous les jours, descendent sur le trottoir pour payer leur loyer ou acheter leur dose. C’est Élisa, 23 ans, qui l’a fait "par amour" pour un homme vivant à ses crochets. C’est Jean, devenu Catherine, qui finance ainsi son opération chirurgicale. C’est Nathalie, qui "se prostitue comme d’autres se suicident". C’est Céline, qui vend son corps en échange de sa dose quotidienne d’héroïne.
Mais c’est aussi Anissa, 27 ans, qui a arrêté pour sa petite fille de trois ans ; Martine, 50 ans, qui a trouvé la force de "s’évader" et travaille aujourd’hui dans l’administration ; ou Claude, 40 ans, qui a monté sa propre entreprise de textile.
Sans oublier Monique, Bernard, Isabelle et les autres militants du Mouvement du Nid, qui tous les jours se battent et les aident à s’en sortir. Pour ceux-là et pour tous les autres, nous avons voulu parler de la prostitution. Sans fausse pudeur et sans tabous, parler de ce que nous avons vu : l’esclavage, la misère, mais aussi l’espoir.
Les étudiants de l’École Supérieure de Journalisme de Lille.
Au sommaire de ce numéro :
Éditorial
L’espoir, par les étudiants de l’École Supérieure de Journalisme de Lille.
Analyses
Huit siècles de prostitution.
De Saint-Louis au 21ème siècle, de l’ostracisme à la prévention.
Les chemins qui mènent au trottoir.
Comment une personne en vient-elle à se vendre ?
Le prix d’une vie pas gay.
Enquête sur le monde de la prostitution masculine.
Les nouvelles technologies sur le trottoir.
De plus en plus de filles et de garçons quittent la rue pour un écran d’ordinateur.
Les "occasionnelles". Lulu, 33 ans, et Nadine, 32 ans, sont prostituées à temps partiel.
Sauveurs ou voyeurs ? Bons samaritains ou clients refoulés, des bénévoles fascinés par la prostitution tentent d’infiltrer les associations.
Le nerf de la guerre. Au coeur des relations avec le proxénète et le client : l’argent.
À l’Ouest, l’éden ? Aux portes de Lille, la Belgique accueille des milliers de filles de l’Est.
Immigrées : le piège de la rue. À Lille, une prostituée sur deux est maghrébine.
Un monde de violence. Proxénètes intraitables, clients émêchés, concurrence entre les "filles" pour un morceau de bitume : celles et ceux qui font le commerce de leur corps vivent la violence au quotidien.
Drogue - prostitution : le couple infernal. Faire le trottoir pour payer sa dose, se droguer pour supporter l’enfer du trottoir.
État schizophrène ? Prévention, répression, taxation, réinsertion. La législation française manque de cohérence.
Flics à tout faire. Répression, assistance ou fichage illégal, les policiers vont souvent au-delà de leurs prérogatives.
Pas de prostitué(e)s à la barre. Surtout liée à la misère et à la toxicomanie, la prostitution du Nord inquiète peu la justice.
"La prostitution est une atteinte à la santé." Bernadette, infirmière.
Points de vue
Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité.
Michel Delebarre, président du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais.
Évelyne Sylvain, directrice de la DDASS du Nord.
Bruno Adjignon, sociologue et sympathisant du Mouvement du Nid.
Gérard Defois, évêque de Lille.
Michèle Mathé, déléguée régionale aux Droits des femmes.
Saïd Bouamama, sociologue.
Ginette Verbrugghe, vice-présidente du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais.
Témoignages
Monique - Le trottoir, c’est la peur, c’est l’enfer, la bête noire...
Karim - Portrait déchiré.
Martine - On n’oublie pas, mais on peut en sortir.
Élisa - Tellement je l’aimais...
Claude - Au début on se sent marginal, c’est une forme de liberté...
Anissa - Pour ma fille.
Salima, fille de prostituée - Elle y retourne, je la tue...
Nathalie - Pour me suicider...
Mélanie - Définitivement dégoûtée du sexe...
Céline - Je peux faire quelque chose de bien !
Maria - Je ne souhaite ça à personne.
Mourad - ... sans avoir besoin de personne...
Rémi - J’en avais marre...
et
Paul, cinquante ans, ancien client.
Omar, proxénète d’Isabelle : "C’est ce qu’elle voulait"
Le Mouvement du Nid :
Un mardi soir à la permanence lilloise.
Bernard, coordinateur régional.
Isabelle, bénévole.
Marc, photographe et bénévole.
Un soir de trottoir.
Monique, militante.
La délégation du Nord-Pas-de-Calais.
Deux émissaires à Abidjan.