Elle explique que c’est un phénomène culturel et social intégrant des données économiques, familiales et religieuses qui, pour autant, ne concerne pas au hasard n’importe quel individu dans n’importe quelle société, à n’importe quel moment de l’histoire.
De surcroît, la prostitution apparaît dès lors que la détresse individuelle peut être récupérée, rationalisée et sublimée par le groupe à des fins d’organisation de la vie sociale, et elle implique que le groupe accepte de sacrifier certains de ses membres (les plus vulnérables) au profit des autres. D’où le mythe de la prostitution comme mal nécessaire.
L’auteur montre comment, grâce à ce leurre du "mal nécessaire", les différentes sociétés ont, depuis des siècles, justifié la prostitution, s’arrogeant le droit de l’autoriser, de l’interdire, de l’organiser ou de la réglementer, selon les contingences économiques ou guerrières de l’époque.
Leurre s’il en est, car force est de constater que, faute de volontaires, l’organisation de la prostitution a toujours eu pour corrolaire, contraintes, violences, enlèvements et trafics, et que, avec les meilleures intentions du monde, les tentatives pour l’humaniser ont débouché sur l’enfermement ou la clandestinité, toujours sur l’aliénation.
Avançant le raisonnement selon lequel la prostitution apparaît en même temps que la guerre, l’esclavage, l’appropriation des terres et l’adoption de l’argent, et qu’en outre elle est indissociable de la misère et de la pauvreté, Martine Costes-Péplinski en déduit que les fluctuations de l’activité prostitutionnelle sont davantage liées au contexte socio-politique qu’à des choix juridiques.
Il ne suffira donc pas, pour la faire reculer, d’emprunter uniquement la seule voie du code pénal : "Ce n’est pas une question de droit, ni de liberté. Non, c’est seulement du ressort de chacun d’entre nous de s’ouvrir à la douleur de l’autre." Et, citant la survivante de la prostitution Maldy Bonheur : " La prostitution, c’est comme la guerre, ça se fait toujours avec la peau des autres ! "