Les films de Bertrand Blier ne passent jamais inaperçus. Mon homme est un film difficile, qui a suscité dès sa sortie de l’approbation comme de sérieuses réserves. À notre avis, un film à voir, mais à décoder...
Mon homme met en relief plusieurs thèmes autour de l’ambiguïté et de la complexité des relations entre personnes prostituées et proxénétes. La prostituée ferait-elle le proxénète ? Pas toujours. Mais parfois. Un jeu de rôle se vit entre eux.
Marie, l’héroïne de Mon homme, recueille Jean, un clochard qui dort dans la cage d’escalier de l’immeuble vétuste où elle se prostitue. Deux solitudes qui se rencontrent. Deux êtres en difficulté. Elle le nourrit, l’habille, lui propose d’être son "mac", son "homme". Mais un gentil "mac". Surpris, Jean répond "c’est pas bon, ton truc".
Mais, pris dans l’engrenage prostitutionnel, Jean se coule peu à peu dans le modèle du "parfait mac" qui exige toujours plus, domine, frappe... Pris à son propre jeu, "Jeannot" mettra d’autres femmes sur le trottoir. L’une d’elle s’appelle Sanguine.
Marie dit son "bonheur d’être pute", car, explique t-elle, "elle n’a jamais rien su faire d’autre dans la vie". Mais plus tard, elle crie son désarroi et sa souffrance lorsque Jeannot entre en prison. Apparaît alors, un nouveau visage de Marie. C’est Sanguine qui va la mettre face à elle-même : "Dis moi comment t’es devenue pute ?", lui demande t-elle.
Marie ne répond pas. Elle ne fait plus proclamation de son bonheur d’en être une. À l’avocat qui avait tardé à venir à une audience, elle criera : "On n’a plus besoin de vous maintenant, c’est trop tard. Je vous présente mon "sauveur", Sanguine oui, parce qu’elle m’a botté le cul, elle m’a mise en vérité, face à moi-même".
Mon homme exploite les deux personnages de Marie qui "aurait apparemment" choisie de se prostituer, et Sanguine, qui y aurait été contrainte. Mais la frontière du "choix" se brouille entre les deux femmes, grâce à certaines scènes lourdes de sens, telle que celle qui montre Marie retirant du placard ses "vêtements de travail", pour reprendre son ancienne activité, la rage au coeur.
"Pardon Marie, pardon les femmes". Le film s’achève sur ces mots de Jeannot, proxénète, murmurés avec peine. Un autre visage du proxénète. Il reste que ce film est provoquant : il ouvre le débat. Mais les spectateurs veulent-ils débattre de la prostitution ?
Louis Blanc