La nouvelle donne de la mondialisation offre aux trafics des dimensions inédites et enrôle un nombre croissant de femmes, d’hommes et d’enfants. La circulation des personnes et des marchandises, l’explosion d’une industrie du sexe complaisamment présentée comme un lieu anodin de divertissement, contribuent à alimenter, partout dans le monde, la prostitution.
Pour l’auteure, la question des trafics est inséparable du système qu’ils alimentent : la prostitution. De même, elle est indissociable du tourisme sexuel, destiné selon la même logique à fournir aux "consommateurs" des corps exotiques et sans cesse renouvelés. C’est un édifice dans son ensemble qu’il convient de dénoncer : le système prostitutionnel dans sa complexité et sa perpétuelle aptitude à exploiter les personnes les plus vulnérables du point de vue économique, social, culturel et ethnique.
En courts chapitres synthétiques, sont abordés différents angles permettant de reconstituer cet édifice : trafics en provenance de l’Est européen, emprise grandissante des mafias, responsabilités de l’institution militaire dans le développement des "marchés" de prostitution à travers le monde, intérêts sonnants et trébuchants des États, mais aussi causes profondes qui persistent à alimenter la gigantesque machine.
En premier lieu, inégalités entre hommes et femmes, et fossé croissant entre pays riches et pauvres. Est également pointée la demande des clients, parmi lesquels politiciens, législateurs et autres soldats de la paix à qui l’on doit par exemple le foudroyant développement des maisons closes en Bosnie. Mais aussi un grand nombre d’hommes "ordinaires", dont certains franchissent la limite pour s’offrir une expérience sexuelle supplémentaire avec des enfants.
Dans la dernière partie, qui aborde les politiques mises en œuvre, une place de choix est réservée à la "dérive libérale" qui conduit désormais les instances internationales telles que l’ONU à justifier l’exploitation prostitutionnelle au nom du profit et du Produit Intérieur Brut. Un constat inquiétant, qui appelle une prise de conscience urgente, à mille lieues de la banalisation ambiante qui prétend faire de la prostitution un métier comme un autre.
Yves Kermarec