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Romans, essais


Juliette Morillot


Les orchidées rouges de Shangaï

Presses de la Cité, 2001.



Est-ce ainsi que les hommes vivent, en temps de guerre et de folie ? Le livre de Juliette Morillot est à peine soutenable. Voici contée, dans toute son horreur, la vie de King Sangmi, petite coréenne née en 1923, quand il ne fallait pas naître.


Alors que la Corée a cessé d’exister pour devenir, dans l’indifférence des nations occidentales, une province de l’Empire japonais, le démon Hirohito pousse sa folie conquérante jusqu’en Chine. Les petites coréennes, sous la propagande de l’envahisseur, célèbrent à l’école la gloire de l’Empereur pendant que les militaires japonais les exhortent à devenir "volontaires" dans les usines d’armement ou infirmières sur le front.

Alignées sur des estrades, de pauvres gamines sont livrées à une mascarade infâme avant d’entamer, entassées dans des wagons à bestiaux, leur voyage pour l’enfer. L’odeur du sang, les ricanements des soldats, la peur atroce au ventre, ne vont plus les quitter. Pas plus que le trop élégant commandant Fujiwara, un homme qui tue avec le même détachement qu’il palpe les soieries dont il veut revêtir le corps de ses jolies recrues.

Sangmi a quatorze ans. Au Phénix d’Or, à Mukden, elle est livrée, avec ses compagnes, à tous les caprices de japonais ivres d’alcool et de pouvoir. Les jours, les nuits, ne sont plus que viols et tortures. Même chose à Shanghaï, puis à la maison de réconfort Wulien, où les filles, au milieu des rats, doivent "servir" plus de quarante soldats par jour. Vomissements, cigarettes écrasées sur le corps, os brisés...

Chaque page est un choc. Chaque page de ce roman trop vrai puisqu’il est le fruit des souvenirs de l’une de ces oubliées de l’histoire que sont les "femmes de réconfort", ces toutes jeunes filles que l’Empire japonais jeta en pâture à ses soldats devenus fous.

De Séoul à Shanghaï, de Singapour à Hiroshima, Juliette Morillot ne nous fait jamais grâce d’une once de cauchemar. On est abasourdi, comme elle le fut, en recueillant les souvenirs d’une femme, en Corée, en 1995. Une femme parmi deux cent mille !

Car elles ont été deux cent mille, essentiellement des Coréennes, mais aussi des Chinoises, des Malaises, des Philippines et des Hollandaises, souvent à peine nubiles, à être enrolées de force dans les unités de "service pour la patrie" de l’armée japonaise. Des centaines de maisons de réconfort ont existé sur tous les fronts, et le gouvernement japonais refuse toujours de reconnaître leur existence !

Inlassablement, depuis 1990, les survivantes luttent encore pour obtenir une compensation financière, des excuses officielles du gouvernement japonais, une reconnaissance publique de leur calvaire, un monument en hommage à celles qui ne sont jamais revenues et le récit de cette page d’histoire dans les manuels scolaires.

À lire absolument pour refuser l’oubli.

CLG


Prostitution & Société n°134 / juillet - septembre 2001.

"Les orchidées rouges de Shangaï" a bénéficié d’une ré-édition en 2003 aux éditions Pocket.


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