Au fil du temps, la démarche a fait la preuve de son utilité et de son sens, bien au-delà du seul apprentissage de la langue. “À l’époque, c’était un outil inventé dans l’urgence et le dénuement, avec les moyens du bord”, explique-t-on à la délégation parisienne.
L’expérience a rencontré un succès inespéré. C’est en organisant ces cours dans un local de fortune avec une poignée de bénévoles très motivés qu’est apparue toute l’étendue des besoins des personnes ; “les papiers, le logement... Certaines nous empoignaient à la fin des cours en nous demandant de leur trouver du travail”, dit une militante. “Ces cours nous ont permis d’instaurer des liens, de la confiance et de prouver à ces jeunes femmes marquées par la fatigue ou la peur et qui avaient vécu des tragédies qu’elles étaient capables de s’approprier cet outil, de se construire et de s’insérer dans la société. Et ils nous ont obligés à être créatifs et inventifs.”
L’outil est donc devenu une véritable stratégie, dispensée dans un vrai local ; aujourd’hui une vingtaine d’étudiantes régulières, soit une bonne soixantaine sur l’année, toutes engagées dans une démarche d’insertion, sont là pour montrer à d’autres jeunes femmes qu’une voie est possible.
“Lorsque nous les accompagnons à la préfecture pour leurs démarches, trois conditions leur sont demandées ; quitter la prostitution, apprendre le français et trouver du travail”, explique une bénévole : “nos cours représentent une garantie face aux pouvoirs publics.”
Mais la délégation tient à rappeler qu’elle s’en tient à sa mission ; “être un lien, un pont entre deux rives. Quand le terrain est défriché, quand leurs autorisations provisoires de séjour ou leurs cartes de séjour le permettent, nous les orientons vers des stages ou des cours d’alphabétisation officiels”.