Somaly Mam est née au Cambodge au sein d’une ethnie minoritaire pauvre. Enfant, elle est “adoptée” par un vieil homme, parent éloigné qui la prend à ses côtés en guise de servante. En butte à la violence inimaginable qui est le quotidien des femmes cambodgiennes, la petite fille vit un véritable servage qui aboutit à un mariage forcé l’année de ses quatorze ans : le début d’un calvaire au long duquel la jeune fille est menée d’un bordel à l’autre, vendue, rachetée, trahie et vendue à nouveau, manège incessant qui ne prend fin que lorsqu’un concours de circonstances lui permet de s’enfuir de son pays pour gagner la France.
Le silence de l’innocence, cependant, offre surtout le récit d’une incroyable aventure ; non seulement l’auteur a survécu, mais encore, est retournée au Cambodge pour faire rendre gorge à “la mafia de la prostitution”. En attendant, lui arracher au moins quelques prises.
Accompagnée de son équipe, à la tête de l’AFESIP, Somaly Mam fait naître des centres d’accueil et d’insertion destinées aux personnes prostituées, prend la tête d’opérations de sauvetage menées dans les bordels, se heurte à la corruption généralisée, utilise à son avantage les médias et les institutions internationales, se voit menacer de mort, et porte le deuil, continuel, des pensionnaires de l’AFESIP qui décèdent des suites des tortures reçues ou à cause du sida.
C’est le récit de toutes ces facettes de l’action menées par l’auteur qui font de ce Silence un ouvrage captivant et souvent éclairant.
Ainsi, lorsque Somaly Mam évoque le jour où elle a obéit une nouvelle fois à son grand-père, le suivant docilement jusqu’à la maquerelle à qui il l’a vendu : “J’étais toujours dans un état de soumission absolue. Je l’ai suivi parce que je croyais que je n’avais pas le choix (...) J’ai pensé que je n’étais pas la seule à vivre ce cauchemar, que c’était le sort normal de toutes les femmes (...) Pourquoi ai-je été aussi passive (...) La seule réponse que je vois est que j’ai été élevée comme une esclave (...) Les filles comme moi étaient ballotées au gré (...) de ceux qui les « possédaient »”
Elise Guiraud