"Le cercle" ou le malheur de naître fille en Iran, aujourd’hui : fille donc fatalement "encerclée" par les codes, les interdits, étouffée par la famille et la société policière...
Les multiples destins féminins qui se croisent - de l’après-midi à la nuit dans un Téhéran lourdement calme - n’en constituent qu’un seul, éternel, où tous les âges de la femme sont représentés. Une course-relais, au rythme tantôt haletant, tantôt languide, nous mène d’une grand-mère catastrophée par la naissance de sa petite fille à une jeune fille sortant de prison et terrorisée par la police, puis à une jeune veuve qui ne peut avorter sans l’autorisation de son mari (!) tandis qu’une autre, aux abois, cherche à abandonner son enfant, pour finir par une prostituée arrêtée par la police tandis que le client plaide "son innocence", backchich à l’appui.
Et le cercle se referme, à la nuit tombée, dans une cellule où toutes ces femmes - à la marge, puisque sans mari - se retrouvent. Le personnage de la prostituée apparaît en point d’orgue, victime mais aussi "héroïne" d’une timide libération : malgré l’interdit, elle ose fumer ouvertement une cigarette et revendiquer un furtif plaisir dans une société de la répression.
Interdit en Iran car il ose aborder les tabous de la prostitution, de l’avortement... le film propose - au-delà de la démonstration didactique - un message d’espoir (c’est d’ailleurs le prénom d’un des personnages, "Arezou") puisque, comme le dit le cinéaste : " Le cercle représente une limite dans laquelle on est enfermé mais que chacun d’entre nous s’efforce de repousser, voire de franchir".
Muriel Lhermé