"Les demoiselles des bords de la Seine", de Courbet. "Olympia", de Manet. "Les demoiselles d’Avignon", de Picasso : trois oeuvres essentielles de la peinture, trois évocations du bordel et de la prostitution. Jusqu’au milieu du 19ème siècle, la représentation du nu se devait d’être conforme à la morale. Avec les peintres modernes, les prostituées font leur entrée dans la peinture.
C’est ce tournant que conte le bel album d’Emmanuel Pernoud, en revisitant la période allant de Courbet à Picabia. On y retrouve au fil des pages, à l’appui d’un texte riche, des œuvres magnifiques : certaines connues, monotypes de Degas ou salons de Toulouse-Lautrec, d’autres moins, comme les formidables toiles de l’expressionniste allemand George Grosz, les portraits de Rouault ou de Fautrier, ou les études de Constantin Guys.
Le milieu prostitutionnel a servi de tremplin à la licence graphique, qu’il s’agisse de peinture ou de dessin de presse. De pied de nez aux conventions sociales dont le bordel représente l’envers masqué. Au bordel, tous recherchent l’antidote au "bon goût", tous fuient l’emprise de la morale sur l’art.
Mais l’auteur le dit clairement : pour les artistes, cet acharnement à traquer les faits et gestes des prostituées dans les "maisons" n’a pas pour objet de dénoncer la condition des femmes. Mais bien les seules conventions picturales.
Pauline Jeanne