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Documentaires


La vitrine hollandaise

d’Hubert Dubois, 2003.



La peu reluisante vitrine du système hollandais visitée à travers un documentaire édifiant.


Fermes-bordels à l’ambiance tellement familiale, parkings à prostitution relégués dans les zones industrielles et cadenassés derrière des grilles... Sanglots longs d’un tenancier réduit au chômage parce qu’il employait des jeunes femmes en situation irrégulière et qui évoque le bon vieux temps où son établissement rendait les hommes heureux. Les femmes ? Après tout, elles exerçaient « dans des conditions relativement humaines » (sic)... Annonces demandant des « collaboratrices pour sex-clubs » dans les agences pour l’emploi...

Aujourd’hui, aux Pays-Bas, tout ce qui garantit des bénéfices est justifiable. Sous le masque aseptisé de l’aura flatteuse d’un pays tolérant, ce film passionnant décrypte une réalité qui fait tout simplement froid dans le dos.

Un entretien avec Hubert Dubois, documentariste, auteur de ce reportage sans concessions.

Prostitution et Société : D’où vous est venue l’idée de faire ce film sur les bordels de Hollande ?

Hubert Dubois : En 2000, j’ai fait un film pour TF1 sur les trafics de jeunes femmes de l’Est. Quelque chose m’a intrigué : pratiquement aucune femme ne m’a dit ne pas être volontaire. (...) En fait, j’ai vite compris que ce volontariat était fondé sur une aliénation : en envoyant de l’argent à leur famille, elles se sentent libres de leur choix. En réalité, elles entrent dans un système de contrainte qui va jusqu’à la perte totale de liberté. Mais il y a un double langage qui arrange tout le monde, à commencer par les exploiteurs.

Avec Cinétévé, ma maison de production, et Arte, nous avons cette fois voulu aller au coeur du débat - abolir ou réglementer ? C’est ainsi que j’ai plongé dans le système hollandais, afin de comprendre comment les autorités justifient ce système et d’en approcher l’aspect économique. On sent très vite les intérêts croisés entre le lobby réglementariste et la puissance de l’industrie du sexe.

P&S : Le système marche ?

H.D. : Ce qui apparaît d’abord, c’est une ambiance à la bonne franquette, des flics qui patrouillent, des caméras, un dispositif sanitaire. Un petit bouton sous le lit pour appeler au secours. Tout le monde est content. Si on ne réfléchit pas, ça marche...

Ce que l’on sait, c’est que la prostitution clandestine est en recrudescence. Les jeunes femmes ne veulent pas de contrats et ne se déclarent pas. Autre constat : la honte existe toujours. Le « métier » est décrété honorable mais on se cache toujours pour le faire (...) Enfin, Amsterdam et Rotterdam restent des plaques tournantes de la traite des femmes.

P&S : Pourquoi la Hollande a-t-elle accouché d’un pareil système ?

H.D : Le pays est marqué par la morale calviniste mais son fondement est le commerce. Le commerce y est hors de la morale, ce qu’exprime d’ailleurs clairement dans le film la fondation de Graaf, à l’origine de la loi. Il y a un immense consensus de la résignation. (...)

En fait, les prostituées dérangent. On décide donc d’édicter des règles et on les met à l’écart de la société. On fait en sorte de présenter un business « clean ». C’est une forme d’apartheid, dont les Afrikaners, d’origine hollandaise, sont les théoriciens : à l’origine, l’idée était que les Noirs sont des gens respectables, mais qu’il faut les mettre à part...

P&S : Quelle opposition avez-vous rencontrée à ce système ?

H.D. : Pratiquement aucune. En Belgique, j’ai interviewé Yolande Grensen, ancienne prostituée qui milite de toutes ses forces contre le réglementarisme. Je n’ai trouvé aucun équivalent en Hollande.

Toutefois, je retiens deux anecdotes : lorsque j’ai interviewé Iris, ancienne prostituée qui, en tant que guide touristique, fait la promotion des quartiers de prostitution. Elle a craqué. Elle nous a dit sa détresse d’avoir gâché sa vie. Elle a avoué être poursuivie par ses souvenirs. Une autre fois, une prostituée hollandaise a parlé en aparté avec ma jeune interprète. Elle lui a dit que, de toute manière, on lui avait toujours répété qu’elle était nulle et incapable de faire autre chose.

P&S : Et la question des clients ?

H.D. : C’est l’omerta totale. (...) Le chiffre officiel indique que sur une population de 16 millions de Hollandais, 900000 hommes iraient au bordel chaque semaine.

P&S : Que sait-on du poids économique de cette industrie ?

H.D. : Le chiffre d’affaires de la prostitution se situerait, en Hollande, entre un demi-milliard et un milliard d’euros. L’air du temps est favorable à l’expansion de l’industrie du sexe et de la prostitution. Cette industrie, toutes activités confondues, serait aujourd’hui au cinquième rang de l’économie hollandaise...


D’après un entretien recueilli par Claudine Legardinier, Prostitution et Société n°141 / avril - juin 2003


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