Le sujet de la prostitution, au cinéma, peut produire le meilleur comme le pire. Le film "La Vie promise" semble bien nous offrir le meilleur et ce, grâce à la présence talentueuse d’Isabelle Huppert et la mise en scène retenue du réalisateur Olivier Dahan.
Avec beaucoup de discrétion, sans grand discours, Olivier Dahan met en scène, par petites touches, les étapes de cette descente aux enfers qu’est la vie prostitutionnelle.
Et de la même façon, il nous dit la souffrance passée et actuelle, l’incapacité à saisir le bonheur quand il passe, la difficulté à être mère de Sylvia, l’héroïne. Isabelle Huppert est cette femme-là ; d’instinct, elle entre dans la peau de Sylvia, blessée, dure en apparence, en réalité prête à se briser, à éclater ; et elle nous touche par tout cela que nous sentons, mais aussi que nous "savons" (pour avoir rencontré de nombreuses "Sylvia" par notre engagement au Nid !)
Sylvia a une fille, Laurence, petite boule de détresse, en quête de la reconnaissance de cette mère insaisissable ; on perçoit, à travers elle, ce qui peut conduire, un jour, une adolescente jusqu’à la prostitution : abandon, solitude, manque d’amour, tout cela que la mère a vécu... éternel engrenage qu’il faut bien un jour briser.
Mais cela ne pourrait être qu’un cliché rebattu, sans autre effet que de faire "pleurer Margot" si le réalisateur n’avait un autre projet... celui de nous entraîner dans une aventure intérieure qu’est celle de la remontée vers soi-même, au long d’un road movie qui va du sud vers le nord ! Et c’est le long voyage de Sylvia en elle-même qui fait le charme secret, profond de cette histoire.
Isabelle Huppert rayonne de ce désir d’une autre vie. Une brèche s’est ouverte, un rayon de soleil est passé, la tendresse se fait jour : nos deux héroïnes vont pouvoir commencer à bâtir.
Danièle Barraud