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Romans, essais


Jean-Claude Guillebaud


La tyrannie du plaisir

Éditions du Seuil, 1998.



Dans cet essai inspiré, qui est aussi une enquête érudite, Jean-Claude Guillebaud livre une réflexion lucide et à contre-courant.


En matière de sexualité, le discours permissif a depuis trente ans le vent en poupe. Un gigantesque "jouir sans entraves" occupe le devant de la scène et modèle la caisse de résonance publicitaire. Ne serait-il pas temps, posément, de soulever quelques questions de fond, comme celle de l’interdit en matière sexuelle ?

C’est la passionnante entreprise à laquelle se livre Jean-Claude Guillebaud, grand reporter et éditeur qui n’a rien d’un affreux "tenant de l’ordre moral".

Au passage, Guillebaud relit l’histoire et démonte quelques mythes : celui d’une Antiquité ultra libre en matière de sexualité, mensonge destiné à alimenter notre nostalgie d’un âge d’or perdu ; mais aussi, plus surprenant, celui d’un christianisme inventeur de l’interdit et du puritanisme...

Premier constat : loin d’être subversive, la permissivité ambiante fait aujourd’hui les choux gras du grand marché libéral et de l’argent. Habilement, les marchands de sexe (prostitution, pornographie, etc) décorent leurs boutiques de motifs "libertaires" : toute tentative de critique est aussitôt dénoncée comme un retour de l’ordre moral par d’anciens progressistes, qui se donnent à bon compte un gage de modernité.

L’industrie du sexe prospère et l’exigence morale capitule devant le dogme boursier et le "catéchisme libre-échangiste". Parallèlement, l’ère des sexologues fait de la sexualité une fonction hygiénique dépouillée de sa dimension symbolique. Peut-on vraiment parler de pleine et vivante libération sexuelle ?

En prétendant s’affranchir de tout interdit, nos sociétés ont surtout abdiqué devant l’argent roi. Mais aussi devant... le Code Pénal. Les récentes affaires de pédophilie ont en effet sonné le glas de la permissivité sans limites. Mais au prix d’une véritable diabolisation de leurs auteurs, devenus boucs émissaires. À l’heure où les codes sociaux qui régissent les comportements sont déboussolés, notre société attend toutes les solutions des juges et de la police...

Aucune époque n’a pu se passer de morale sexuelle. La nôtre, pas plus qu’une autre. L’heure est venue de sortir des extrémismes et le livre de Guillebaud ouvre une voie optimiste : celle qui conduirait à sortir d’une sexualité masturbatoire et solitaire, à redécouvrir qu’elle se construit avec l’autre, qu’elle engage la responsabilité de chacun et qu’elle se heurte à un interdit fondamental : la souffrance de l’autre.

Claudine Legardinier


Prostitution & Société n°121 / avril - juin 1998.

Cet ouvrage a bénéficié d’une réédition en 1999 aux Éditions du Seuil, collection Points.


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