Choix, liberté, esclavage... Le débat actuel sur la prostitution est de plus en plus confus. Engagée dans les questions d’éducation et de développement international, la québécoise Yolande Geadah entreprend d’analyser les arguments en faveur de la libéralisation totale de la prostitution et ceux qui prônent l’abolition de l’esclavage sexuel. Selon elle, réclamer la décriminalisation ou la légalisation de la prostitution part d’un bon sentiment. Mais cette solution ne fait aucun cas des conséquences.
Yolande Geadah montre en effet comment les intérêts pratiques, individuels et à court terme d’un petit nombre de femmes mettent à mal les intérêts stratégiques, à long terme, de l’ensemble des femmes ; comment tous les éléments du système de la prostitution tiennent ensemble - prostitution locale, trafic international et tourisme sexuel - ; comment toutes ses facettes se renforcent mutuellement : prostitution des enfants, des adultes, escort-girls, prostitution prétendument choisie, prostitution forcée, etc...
À juste titre, elle se livre à une étude des méthodes des proxénètes, de leur art consommé de la manipulation, qui rend dérisoire toute notion de liberté, sans même que soient utilisées des méthodes purement esclavagistes.
Enfin, elle dénonce chez les défenseurs de la prostitution une " conception néo-libérale qui a fait son credo de la privatisation, de la libéralisation et de la déréglementation " et laisse faire le libre marché. À côté d’une étude consacrée à la prostitution au Québec et au trafic sexuel au Canada, Yolande Geadah étudie l’impact des politiques adoptées par des pays réglementaristes comme l’Australie, les PaysBas et l’Allemagne : développement incontrôlé de l’industrie du sexe, multiplication des établissements illégaux, maintien des trafics et de la mainmise des milieux du crime organisé sous des prête-noms.
Au-delà des arguments dont certains nous sont familiers, l’auteure établit un parallèle éclairant avec une question brûlante débattue ces dernières années en Égypte : l’excision. Deux camps se sont opposés : l’un favorable à l’application rigoureuse d’une loi interdisant l’excision, l’autre préconisant sa légalisation pour améliorer les conditions sanitaires de l’opération et protéger la santé des fillettes.
Yolande Geadah montre bien comment ce débat a pu aller jusqu’à amener des femmes à revendiquer l’excision comme un exercice de leur liberté, à en faire un "choix" pour elles-mêmes ou pour leurs filles, et comment ces "garanties" sanitaires ont abouti un temps à légitimer l’excision au lieu de la combattre. Selon elle, la lutte contre le système prostitutionnel doit aujourd’hui devenir "une priorité et un élément central de toute politique nationale et internationale".