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Analyse de la prostitution


Catherine Anthony


La prostitution clandestine

Le cherche midi, 1996.



Ce n’est plus une enquête, c’est une apologie : une justification massive de la prostitution.


S’il ne servait qu’à prouver le peu de responsabilité des personnes prostituées dans la propagation du sida, l’ouvrage de Catherine Anthony serait utile. Réalisé dans le cadre d’une enquête financée par l’Agence Française de Lutte contre le Sida, il corrobore sur ce point nos convictions.

Le problème est ailleurs. Catherine Anthony a commencé son travail avec une idée en tête : prouver par tous les moyens que la prostitution, c’est bien, c’est libre, c’est épanouissant. Et puis, surtout, c’est chic : le lieu des entretiens ? Les Ternes, l’avenue Victor Hugo... Tout est de bon goût, les parfums sont chers et les tailleurs signés Thierry Mugler.
On veut bien parler de prostitution, à condition de ne pas se commettre avec les quartiers "peuple"...

Donc, l’auteur l’affirme, elle n’a rencontré qu’une "réalité se situant aux antipodes de l’abjection" : des femmes vives, intelligentes, cultivées, bien dans leur peau, épanouies. On en passe. Ce n’est plus une enquête, c’est une apologie.

Toute l’analyse se fonde sur le consentement et le contentement individuel, la dictature du fantasme, aboutissant à une justification massive de la prostitution en général. À lire entre les lignes, on reconnaît dans cet océan de plaisir et de satisfaction tous les symptômes du mépris, de la vengeance entre hommes et femmes, quand ce n’est pas de la haine.

Qu’importe... Convaincue que la prostituée exploitée et le client profiteur relèvent du mythe, Catherine Anthony remplace ce soi-disant mythe par un autre : la femme prostituée est une déesse sur son Olympe, vers qui rampe l’homme dominé et respectueux.

Une jeune femme vient-elle à dire son malaise de vivre ? L’auteur nous informe illico que ce manque de bonheur tonitruant, gênant pour sa fresque, n’a rien à voir avec la prostitution, mais relève de "problèmes personnels"...

La volonté de la démonstration est à ce point cousue de fil rouge que l’ouvrage perd toute crédibilité. En tout cas, le mal est fait. Vive la prostitution, penseront des lecteurs mal informés après la lecture de ces considérations de salon, produit de la fascination béate de l’auteur pour les femmes vénales.

Pauline Jeanne


Prostitution & Société n°116 / janvier - mars 1997.


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