Jusqu’à présent le petit écran avait l’apanage des "débats" spectacles, "face-à-face" et autres guignoleries de l’info. Voilà que l’édition entre sur le ring. Avec une question qui ne peut faire ici illusion : discuter du bien-fondé de la légalisation, c’est dire d’emblée "oui" à la prostitution et "non" à l’abolition. Florilèges de bonnes et mauvaises raisons de se prostituer avec ou sans papiers...
Pour ou contre la légalisation ? La revue belge La Pensée et les Hommes a voulu nourrir le débat. Résultat, une enfilade de points de vue, mis bout à bout, au petit bonheur la chance, dont on sort plus accablé qu’éclairé. Sous cette forme, n’importe quelle position en vaut une autre. De cette suite de "pour" et de "contre", alignés sous la plume d’intellectuel-le-s belges, émerge toutefois un parfum entêtant de réglementarisme bon teint. Nous sommes en Belgique et l’idée de légaliser la prostitution est "tendance".
Rien ne nous est épargné : ni les éternelles distinctions entre celles qui ont "choisi" et celles qui sont forcées, ni les éternels amalgames entre les activités - si semblables - de psychologue, top modèle ou prostituée, ni les éternelles condamnations des affreux abolitionnistes. La sexologue de service délivre des arguments ineptes, les avocat-e-s rivalisent d’habileté pour défendre la légalisation sous le masque si convaincant du "droit".
La liberté sexuelle peut se passer du rapport marchand
Une absolue mauvaise foi persiste à vouloir faire des abolitionnistes, qui défendent un projet de société plus égalitaire, de périmés gardiens de la "morale" ; des parangons de vertu qui jugeraient condamnable "la sexualité hors-mariage", comme l’affirme sans sourciller une certaine Sonia, prostituée si heureuse-de-l’être, si libre, si maîtresse de ses choix, et dont les propos sur ses clients, hommes pleins de "respect", de "reconnaissance" et d’"amour" ont de quoi tirer les larmes. Que Sonia l’apprenne une fois pour toutes : la sexualité hors mariage nous indiffère.
Quand les lois du libre-échange transforment le sexe en travail
C’est l’inégalité, le rapport de force, l’exploitation des plus démuni-e-s et le commerce fructueux que le capitalisme compte en tirer qui nous indignent. Comme toujours, les partisans de la légalisation, l’œil rivé sur les personnes prostituées, ignorent tout des proxénètes et des clients et livrent un trépied bancal.
Pas un mot sur les entrepreneurs du sexe, les premiers à réclamer cette légalisation - et pour cause-, ni sur les clients, exploiteurs dont il n’est surtout pas question de discuter l’immémorial privilège. Du côté abolitionniste, aux côtés de la sénatrice Anne-Marie Lizin ou de la représentante de l’Université des femmes Françoise Hecq, Sophie Jeheler, du Nid belge, avance d’intéressants arguments, très concrets, pour répondre à ceux pour qui la légalisation serait la panacée.
Citons-en simplement deux, très pertinents : comment feront les exploitants pour n’engager que des jeunes femmes attirantes, face aux lois de non-discrimination ? Qui décidera de l’aptitude des recrues et selon quels critères ? Des questions directes qui valent pour le moins d’être posées...
Claudine Legardinier