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A lire également :


Histoire de la prostitution


Jacques Solé


L’âge d’or de la prostitution

Plon, 1994.



Le sujet de la prostitution rendrait-il frileux l’historien ?


Jacques Solé livre une première partie proprement historique sur les faits marquants des années 1870 et du début de ce siècle - maisons closes, traite des blanches, enquêtes d’Albert Londres dans les années 20 -, puis procède à une relecture de la presse relative à l’actualité plus récente ; en France, la révolte des prostituées de 1975, le rapport Pinot, les procès de Grenoble, le projet Le Tac, les récentes velléités de madame Barzach de rouvrir les maisons closes...

L’intérêt documentaire de l’ouvrage est indéniable. Par ailleurs, décidé à mettre en avant les dimensions internationales de la prostitution actuelle, l’auteur dresse un état des lieux de la situation en Europe et dans le monde, depuis la légalisation du proxénétisme aux Pays-Bas jusqu’aux plus froides exploitations de l’amour vénal dans la Russie du post-communisme ou la Chine du boom économique.

Le bordel planétaire qu’il décrit est un véritable catalogue d’horreurs : femmes négociées comme du bétail de Canton à Hambourg, de Bombay à Bangkok, de Moscou à Rio, violées, torturées et jetées après usage. Dans le même temps où Jacques Solé fait état de ces réalités plus ou moins insoutenables, il affirme tranquillement que la prostitution, “au fond”, est “un métier comme un autre”. Curieuse attitude d’un auteur qui à la fois ne s’engage pas, ne dégage aucune véritable conclusion, mais ne peut s’empêcher de manifester ses préférences...

Appuyant clairement les collectifs de prostituées favorables à la reconnaissance du “métier”, il ne manque pas une occasion de se montrer tour à tour condescendant ou agressif envers ceux qui s’engagent dans la lutte contre l’existence de la prostitution, abolitionnistes et Mouvement du Nid en tête.

Aux yeux de l’auteur, ils ne sont qu’un ramassis “d’activistes” dont il vilipende le ”militantisme exacerbé”. Parfaitement méprisant envers ceux qu’il condamne de l’inévitable qualificatif de “moralistes”, il renvoie leur volonté d’action à une “indignation stérile”, ou l’enterre sous des expressions rapides (“croisade rédemptrice”)...

Le sujet de la prostitution rendrait-il frileux l’historien, qui craint, en dénonçant, de passer pour l’un de ces abominables “moralistes” ? Une complaisance que l’on perçevait dès le titre de son ouvrage. Comment peut-on froidement parler d’”âge d’or” - terme qui exprime l’admiration pour un idéal disparu - en décrivant les réalités sordides et universelles de la prostitution ? Qui oserait intituler un livre “L’âge d’or de l’esclavage” ? Personne, on peut le parier. Mais avec la prostitution, on peut tout se permettre.

Pauline Jeanne


Prostitution & Société n°105 / avril - juin 1994.


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