Cendrine, à 28 ans, fait le récit de ce qu’elle a subi, récit bouleversant, aux limites de l’incroyable. Victime d’un viol à l’âge de neuf ans, elle connaîtra simultanément des abus sexuels, des viols répétés, des violences cruelles. Elle ira plusieurs fois aux portes de la mort provoquée par des tentatives de suicide, conséquence d’incompréhensions successives dérivées du long silence dans lequel se murent les enfants, les jeunes violés. La drogue et l’alcool la conduiront en internement psychiatrique et par voie de conséquence, à la séparation d’avec son enfant, ce qui la laisse complètement désemparée.
Le C.H.S., le "Pavillon des fous" : Cendrine dénonce avec force ce qu’elle qualifie d’abus de pouvoir ! Et elle s’étonne, elle questionne : "Pourquoi aucune enquête sociale ? L’enfance n’a pas le droit à l’expression." Elle explose par moments : "À quatorze ans... le psychiatre aurait dû exiger une enquête... Monde de bourreaux, votre bêtise m’agresse... Notre parole est occultée..."
Heureusement il y a la rencontre des jeunes de "Bouge ta galère" à Châlons-sur-Saône, rencontre qui va permettre à Cendrine de retrouver au plus profond d’elle-même la force de revivre, de reconstruire un foyer, d’enfanter à nouveau. Dans cette association "Bouge ta galère", une dizaine de filles ont connu des souffrances du même genre.
C’est à elles, et à la foule de toutes celles qui resteront inconnues, que Cendrine prête sa plume. Elle le fait avec talent, passion et vérité. Comme le dit Noël Boffet à la page "Avertissement", ce livre sera utile à tous ceux et celles qui veulent réveiller l’humanité qui sommeille en eux...
Il montre qu’aucun vrai travail d’accompagnement social ou médical ne peut se faire correctement quand on ne se laisse pas atteindre par la souffrance de l’autre. Il révèle la force d’une humanité assumée, d’une tendresse manifestée. Il révèle qu’on peut tout quand on ose être humain.
Simone Viguié