Le travail de terrain des associations à l’écoute des personnes prostituées fait ressortir des points communs frappants entre les itinéraires des Français(es) dans la prostitution et ceux des personnes étrangères victimes des traficants.
Les unes et les autres appartiennent généralement aux catégories les plus vulnérables, en butte à la précarité économique et sociale, et/ou aux ségrégations d’ordre raciste. Les unes comme les autres, elles ont souvent connu également la violence - conjugale, parentale... - et sont manipulées par des profiteurs, souvent des "maris" interessés.
L’expression "prostitution volontaire" semble davantage destinée à rassurer l’opinion publique qu’à refléter la réalité. Qui veut vraiment livrer son corps à des inconnus, qui souhaiterait cette "liberté" à ses enfants ?
Dans les faits, aux dires des personnes prostituées, affirmer qu’on se prostitue "volontairement" permet pour certain(e)s de légitimer leur activité et éviter, souci bien compréhensible, de n’être qu’une "victime".
Pour parler plus juste, il faudrait parler de degrés dans la contrainte, une échelle entre l’impression d’un "choix volontaire" jusqu’à la violence infligée par un proxénéte.
Cette supposée distinction entre prostitution "volontaire" et "forcée" facilite l’exploitation des personnes les plus vulnérables. Conséquence également insupportable, employer un tel vocabulaire montre du mépris pour les paroles des personnes prostituées, qui disent assez qu’il n’y a pas de vrais choix dans la prostitution...