Raffaëla devient vite accro aux sorties, aux boîtes, aux voyages ; quelques réparties cinglantes lui permettent de croire qu’elle se protège de la dureté du milieu et des exigences de son agent de casting rebaptisé "mon proxo". Et puis le décor s’assombrit : quotidien de forçat, humiliations, recours croissant à l’alcool.
Raffaëla décrit les traitements les plus "hard", réservés aux filles de l’Est ; les larmes, le sang, les menaces de représailles ; l’escalade des pratiques violentes encouragées par le producteur, "pas par sadisme mais parce que le spectateur le réclame", les situations où les acteurs risquent leur vie : blessures diverses, entraînant de plus ou moins graves séquelles, traitements inhumains, l’industrie pornographique use et broie les corps, qui sont sa matière première. Pour couronner cette drôle de carrière, elle raconte le viol qu’elle subit un soir de la part de deux types qui la suivent pour l’avoir reconnue en tant qu’actrice de porno.
On est, comme elle, submergé de lassitude à lire ce récit linéaire, implacable, où les notations les plus graves sont quasi escamotées. Où rien ne semble plus avoir d’importance. Cette distanciation, caractéristique du style bien maîtrisé de l’auteure, achève de verser du sel sur les plaies tandis que le lecteur accompagne Raffaëlla de galères en galères. Depuis, Raffaëla, qui a arrêté le porno, a été l’héroïne du film Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi.
Claudine Legardinier