Mouvement du Nid

9 février 2011

Handicap et sexualité : Film-débat autour de « Nationale 7 » au Cinéma des Carmes

Entouré du Planning Familial et de l’École régionale du Travail Social, les militant•e•s de la délégation du Loiret du Mouvement du Nid participaient à une soirée de débat organisé autour de la projection du film "Nationale 7", sur la question de la sexualité des personnes en situation de handicap. Ce projet accueilli par le cinéma des Carmes a été suivi avec attention par plus de 150 personnes, pour la plupart directement concernées par le sujet : personnes en situation de handicap et leurs proches, travailleurs sociaux en formation, travailleurs sociaux travaillant dans le monde du handicap.

une action de la Délégation du Loiret

Au programme

- 19h : pot d’accueil organisé par le Groupement des Etudiants du Travail Social
- 20h : projection du film « Nationale 7 »
- 21h30 - 23h : débat "Handicap et sexualité".

Le compte rendu de la soirée

Merci à Lydie, étudiante en communication à l’université d’Évry, pour ce compte rendu !

Le 5 novembre 2010, le premier ministre a missionné le député UMP Jean-François Chossy « sur l’évolution des mentalités et le changement du regard de la société sur les personnes handicapées », l’objectif étant « d’identifier par quelles
actions concrètes le handicap pourrait être mieux intégré dans une société où il s’est trop longtemps accompagné d’une marginalisation ».

Un apéritif dinatoire, composé de sandwichs ainsi que de cocktails sans alcool était proposé par le Groupement des Etudiants en Travail Social avant la projection du film de Jean-Pierre Sinapi, « Nationale 7 ». Un moment convivial où l’on a pu se rencontrer en toute simplicité.

Ce film – débat a été organisé par :

- La délégation du Loiret du Mouvement du Nid, représenté par Mme Marcelle Provost, déléguée départementale et Ibtissem Khabet, étudiante à l’ERTS,
- Le Planning Familial, a été représenté par Annick Flouret, présidente départementale,
- L’Ecole Régionale du Travail Social, fut représentée
par Mme Nadège Lebray, formatrice et psychologue auprès des personnes en situation de handicap,
- Le Cinéma des Carmes, représenté par Mr Bertrand Mauvy,
- Le Groupement des Etudiants en Travail Social.

Il y a eu environ 160 entrées. Le public était composé de personnes en situation de handicap, des parents
d’enfants et d’adultes handicapés, des étudiants de l’ERTS, futurs
travailleurs sociaux, des élus locaux, des travailleurs sociaux
ainsi que des personnes sensibilisées par le sujet.

Après la diffusion du film au Cinéma des Carmes, à
Orléans, le débat a commencé, animé par Hassan Kerim,
journaliste à Radio Campus.

Nous avons pu constater que quatre grands thèmes ont
été abordés.

La difficulté de faire accepter le handicap dans la société

Un élu d’une commune voisine d’Orléans nous a expliqué que l’outil de travail pour faire « accepter » sans à priori les personnes en situation de handicap était de passer par les enfants. Ceux-ci sont encore innocents et ayant peu de jugements radicaux, ils acceptent plus facilement la différence. Mais cet élu nous a aussi bien expliqué que cela restait un procédé difficile puisque les enfants en situation de handicaps mentaux n’évoluent pas de
la même façon.

Une femme, suite à un voyage en Italie, a partagé
son point de vue concernant l’acceptation du handicap dû
à la co-éducation. Faudrait-il que la France suive cet
exemple ? Cela permettrait peut-être une plus grande tolérance et acceptation des personnes en situation de handicap.

L’importance de la parole dans l’expression de la sexualité

Plusieurs personnes ont témoigné que les personnes en situation de handicap n’avaient pas eu leur mot à dire concernant ce projet. Un problème important a été soulevé, « on pense trop à leur place ». Les personnes en situation de handicap n’ont pas toutes le même handicap, de ce fait, leur besoin de sexualité est aussi différent. Certains ne voudront que de la tendresse, d’autres, des caresses, et certains, un rapport sexuel jusqu’à la
pénétration.

A quel moment aborder la sexualité avec des personnes
en situation de handicap ? Mme Lebray répond qu’il
faut être à l’écoute des personnes handicapées et qu’il
n’existe pas de moment précis pour en parler. Il faut que
cela vienne d’eux.

Assistance sexuelle ou prostitution ?

La prostitution s’explique par une misère financière, une misère affective et une misère sexuelle. On s’est posé la question
de savoir qui seront ces « assistants sexuels », soit
ce seront des personnes prostituées, soit ce seront
les travailleurs sociaux eux-mêmes. Il s’agirait d’une sexualité mécanique fournie par l’institution elle-même.

Mais combien seraient prêts à franchir le pas ?
Jusqu’où va le travail des éducateurs au niveau sexuel ?

Le statut « d’assistant sexuel » serait-il un moyen
de déresponsabiliser les institutions ? La réponse à cette question est que la sexualité fait partie intégrante de la personne et que l’éducateur en charge de l’accompagnement des personnes ne peut exclure cette dimension de l’accompagnement en le confiant à « un assistant sexuel » qui conduirait à une déresponsabilisation
de l’éducateur et à une fragmentation du champ de
l’accompagnement. De plus, il s’agit de mettre en
service son propre corps afin de répondre à un plaisir
demandé, n’est-ce pas simplement de la prostitution qui
ne dit pas son nom ?

De plus, le droit à la sexualité existe t-il vraiment ?
Sachant que le « droit » est l’ensemble des règles et normes
générales et impersonnelles qui attribuent prérogatives
et droits aux personnes, et qui sont susceptibles d’une
exécution contrainte institutionnalisée, notamment par
l’intervention de la puissance publique, c’est-à-dire de
l’État.

La France « institution »

Peu de personnes en situation de handicap vivent seules, la plupart du temps elles sont placées en institution par les familles.

Une maman d’une jeune fille atteinte d’une trisomie 21 a témoigné des difficultés rencontrées pour trouver un établissement qui acceptait le principe d’une sexualité vécue par sa fille au sein de l’institution. Il lui a fallu contacter
4 établissements.

Elle nous explique que le premier établissement n’était doté que
de chambres doubles, il est donc difficile d’avoir des moments intimes. Dans les deux autres, le personnel soignant lui a directement expliqué qu’il n’y avait pas d’affectivité chez eux. On se rend compte que dans certains établissements, la sexualité des personnes en situation de handicap est un sujet tabou dont on ne parle pas.

Le public non averti fut un peu abasourdi par un tel état
de fait.

On a un témoignage d’une autre personne qui nous
explique les problèmes d’isolement des handicapés dans
les institutions mais aussi dans leur sexualité. Est-ce
normal ? Comment y remédier ?

Le débat se termine sur les remerciements des associations envers le public, le cinéma des Carmes et Hassan Kerim d’avoir eu le rôle d’animateur.

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