Elle décrit et analyse les causes, les signes précurseurs d’un malaise de vie débouchant sur l’issue sordide : la prostitution. Pour elle, "qu’il s’agisse de faits de prostitution ou de toxicomanie, celui qui franchit ce seuil... le fait toujours et invariablement alors qu’il se situe en position de crise face à l’indifférence révoltante d’une société..." qui vous exclut, vous situe à la marge.
Entraîneuse dans un bar, prostituée sur le trottoir, prostituée de luxe, elle sait de quoi il s’agit ; elle n’hésite pas à qualifier de "meurtre psychique" cette époque de neuf années, la plus noire de sa vie. Pour qui ne connaît pas le milieu prostitutionnel, la lecture de ce livre est éclairante. Autre intérêt de ce livre : l’itinéraire parcouru par Isabelle depuis son enfance jusqu’à "son entrée" dans la prostitution. À travers ces lignes, on ressent profondément l’influence de l’éducation d’un enfant sous tous ses aspects.
Un quadruple appel termine cette autobiographie.
Un appel aux "clients" : qu’ils aient un peu de respect pour ces femmes qui restent des femmes à part entière, "riches de coeur, capables de sentiments et d’émotion".
Un appel aux personnes prostituées : "Regardez-moi", leur dit-elle, "je suis vivante... Rien n’est jamais définitif. Quelle qu’ait été la noirceur de son passé".
Une recommandation aux jeunes que l’on peut résumer ainsi : prudence, attention aux mirages, à l’engrenage infernal de l’argent.
Une adresse aux parents : soyez vigilants, ouvrez les yeux, cassez le tabou, parlez-en autour de vous, installez le dialogue...
Et pour ultime conclusion : "Si un jour, par malheur, ils glissaient... aidez-les à en sortir... Par pitié, ne les reniez pas, car ce serait vous qui seriez à ce moment-là encore bien plus blâmables qu’eux".
Simone Viguié