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Parce que l'information et la connaissance des réalités du systême de la prostitution sont des armes irremplaçables, nous vous invitons à découvrir ou faire connaître notre revue, Prostitution et Société.

Vous y trouverez des témoignages, de l'actualité et des analyses.

Depuis peu, Prostitution et Société se double d'une version en ligne : prostitutionetsociete.fr


A lire également :


Ouvrages généraux


Florence Montreynaud


Amours à vendre. Les dessous de la prostitution

Glénat, 1993.



Amours à vendre” est destiné à bousculer les idées reçues sur la prostitution et à remettre en cause ce commerce quotidien du corps humain. À la lumière d’une iconographie sans complaisance qui rassemble aussi bien des photos de Brassai ou Doisneau que des documents anonymes, le livre donne à réfléchir et pose une question essentielle : pouvons-nous espérer changer notre regard ?


Prostitution & Société : Pourquoi ce livre sur la prostitution ?

- Florence Montreynaud : L’ouvrage m’a été commandé par les éditions Glénat qui souhaitaient un livre original de photos commentées par une femme ; on sait que les livres de photos sur la prostitution sont toujours faits par des hommes, et plutôt sur le mode nostalgique des bordels...

P&S : N’aviez-vous pas eu peur que le traitement d’un tel sujet par la photo puisse être racoleur ?

- F.M. : Si. Je sais que c’est un outil ambigu. Mais c’est moi qui ai choisi la totalité des photos - dans une masse où j’ai vu toutes sortes de choses... - Mon exigence, c’était que l’on voie la personne prostituée et le client. Je tenais à insister sur le client : moi qui ai vécu à Pigalle toute ma jeunesse, je sais qu’une rue de prostitution, c’est quelques prostituées, et beaucoup de clients ! Beaucoup de photos en disent plus long que bien des phrases ; par exemple ces Japonais en train de choisir des femmes d’après des photos de fesses ou de seins...

P&S : Quelles réactions a suscité votre livre ?

- F.M. : Le sujet reste sulfureux, un peu honteux.
Du côté public, la première chose qui m’a frappée, c’est de voir au Salon du Livre qui le feuilletait : des clients, des types mal dans leur peau, qui ne vous regardent pas en face et qui cherchent à se rincer l’oeil ; ils ont dû être déçus...

Depuis que le livre est paru, c’est fou le nombre d’hommes que j’ai entendu me dire : "Je ne suis pas client. Sauf une fois à Bangkok ; mais on ne peut quand même pas aller à Bangkok sans essayer...". Une femme aussi m’a dit : "Mon mari, jamais ! Sauf évidemment quand il était en Algérie, au BMC [1]".

Je suis atterrée. Tous ces "sauf" additionnés font l’esclavage de la prostitution.

P&S : Votre objectif était de changer le regard porté sur la prostitution.

- F.M. : En fait, j’ai essayé de démolir les lieux communs : “mal nécessaire”, “plus vieux métier du monde”, tous ces clichés que l’on continue de m’asséner à longueur d’interviews ! Cette idée de changement m’est venue à l’occasion d’une enquête que j’ai faite en Suède. Par une politique volontariste, ce pays est parvenu à faire baisser la prostitution. Il s’est passé aussi des choses passionnantes en Finlande où, dans les années 80, l’offre était inférieure à la demande. Des changements sont possibles, et on n’en parle jamais. On peut, dès aujourd’hui, et même s’il ne s’agit que d’une goutte d’eau dans l’océan, oeuvrer pour un monde sans prostitution...

P&S : Devant la banalisation croissante du phénomène, parvenez-vous à être optimiste ?

- F.M. : En tant qu’historienne, je crois que sur le très long terme, l’humanité progresse. Globalement, le niveau d’instruction s’élève ; des choses vont faire leur chemin dans les consciences.
Aux gens qui me disent que je lutte contre des moulins à vent, j’explique que beaucoup de choses acceptées au XIXème siècle ont disparu. Tout comme les femmes ont fini par voter et l’esclavage par être aboli, un jour, la prostitution n’ira plus de soi.

Je découvre également des choses qui m’atterrent ; par exemple l’existence des clientes. Cette apparition des clientes complexifie encore le phénomène mais il permet de venir à bout de l’éternelle opposition stérile hommes/femmes. Beaucoup plus globalement, c’est le sexe - et pas seulement la femme - qui est utilisé comme une marchandise d’une part, et un pouvoir d’autre part.

P&S : Que faudrait-il pour parvenir à un monde sans prostitution ?

- F.M. : Il faut une éthique de dignité, de responsabilité, de respect de l’autre ; c’est pour moi l’idée même du féminisme.

Quand on évoque les fameux besoins irrépressibles de l’homme, je suis indignée. Manger, boire, respirer, oui. Pour le reste... Qu’un homme aille voir une prostituée parce que sa femme vient d’accoucher et qu’il ne peut pas attendre un mois ou deux ! Qu’est-ce que l’éducation ? Se jette-t-on sur le rôti dès que le plat est sur la table ? Je trouve toujours éclairantes les analogies sexualité / nourriture...

Entretien réalisé par Claudine Legardinier


Prostitution & Société n°105 / avril - juin 1994.


[1] “Bordel Militaire de Campagne".


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