« La dernière fois que j’ai eu un corps » est le récit à la première personne de la vie d’une jeune femme albanaise, vendue en Belgique puis à Marseille. Servi par une comédienne spectaculairement habitée par son rôle, le texte a été créé par l’écrivain Christophe Fourvel à partir de témoignages puisés dans notre revue, Prostitution et Société, et de longs échanges menés au sein de la délégation de Belfort.
C’est le théâtre municipal du Granit, désireux de marquer la journée du 8 mars par une création singulière, qui a permis la rencontre entre les militantEs belfortains et Christophe Fourvel : animateur d’un atelier d’écriture auprès de populations « quelquefois en souffrance », il se perçoit comme le « maillon d’une chaîne », relayant les paroles qu’on lui confie. Cette fonction salutaire de « passeur » est d’autant plus nécessaire que selon lui – et nous... - « la prostitution [est] intégrée dans la grande famille de l’oppression ». (citations l’Alsace du 7 mars 2010)
Une oppression qui perdure, entre autres, à cause du silence de plomb qui pèse sur les paroles des victimes, et permet la prolifération des idées reçues. « On attend que cela bouleverse l’image toute faite du public sur le sujet (…) je crois que nous avons fait un grand pas sur le regard posé sur les personnes prostituées », espère Marie-Claire Miclo, responsable de la délégation de Belfort. C’est un public « scotché » selon la militante, qui a assisté à cette « magnifique lecture », de l’avis du maire de Belfort, l’un des mille spectateurs de la pièce.
Ces représentations s’inscrivaient dans une semaine riche en initiatives menées dans un véritable front de refus de toutes les violences faites aux femmes : outre l’engagement du théâtre municipal du Granit et des pouvoirs publics, de nombreuses associations ont apporté leur savoir-faire et leur expérience : Solidarité Femmes, Femmes Relais, le CIDFF de Belfort, Femmes actives... Avec Solidarité Femmes et le CIDFF, la délégation du Mouvement du Nid de Belfort a ainsi animé un théâtre-forum autour de la BD « Pour toi Sandra », sensibilisant ainsi de nombreux jeunes contre le risque prostitutionnel et les violences.