Pourquoi ? / Le constat : former les accompagnantEs, leur donner les moyens d’agir
ACCOMPAGNER LES VICTIMES
La prostitution, comme toutes les autres formes de violences sexistes, exige une réponse complète : assurer la protection des personnes contre leur(s) agresseur(s), et leur fournir l’aide matérielle et l’accompagnement nécessaire tout au long de leur échappée hors du système prostitutionnelle.
Pour cela, il est nécessaire d’obtenir une forte coordination de tous les acteurs sociaux concernés, et de veiller, par l’action politique et la formation, à ce que la prostitution soit clairement désignée comme une violence par tous les interlocuteurs susceptibles d’accueillir des personnes prostituées. Cette inscription de la prostitution comme une violence dont les femmes sont victimes est un préalable nécessaire si on veut que celles-ci puissent se reconstruire.
TÉMOIGNAGE / PAROLE D’EXPERTeS
Quitter la prostitution, une question de personnes… et de chance. Anaïs [1] rencontre une assistante sociale de secteur « fantastique », puis un changement d’interlocuteur lui fait vivre « un vrai parcours du combattant ».
« De tous les problèmes à régler, [le logement] c’est le pire. C’est pourtant la clé de tout le reste. » Elle a trois semaines pour trouver un appartement. Le Mouvement du Nid appelle tous les hébergements possibles, CHRS, logements d’urgence. Rien. Anaïs refuse les foyers, elle en a déjà connu… dix-sept pendant son enfance et son adolescence.
« Lors de mes recherches d’appartement relais, on m’a proposé des trucs incroyables », raconte-t-elle : « un hôtel social, sans bus pour y aller, à sept kilomètres de l’école de mon fils ! Ensuite, on a essayé un appartement dans une structure pour mères célibataires. La psy qui m’a répondu a été lamentable. Elle m’a flanqué l’étiquette “prostituée”, ça m’a cassée. »
Anaïs sort de la prostitution avec 100€ en poche, ne touche rien des mois durant, puis obtient le RMI - trois mois d’un coup. Les aides financières sont ponctuelles et hasardeuses, le Mouvement du Nid compense avec les moyens du bord.
« Certaines personnes dont on attendrait de l’aide ont des comportements révoltants. », explique une accueillante du Mouvement du Nid. « Une assistante sociale nous met des bâtons dans les roues pour le RMI, au prétexte qu’une prostituée a de l’argent et qu’elle n’en a pas besoin.
Une autre veut à tout prix qu’Anaïs relève du système éducatif, ce qui est une grave erreur de diagnostic pour une jeune femme qui a connu 17 foyers depuis son enfance ! L’une met en doute sa capacité à élever son enfant parce qu’elle la trouve “trop énervée”, alors qu’elle lui fait subir un parcours du combattant que personne ne supporterait !
La formation des acteurs sociaux est une absolue nécessité. »
UNE MESURE IMMÉDIATE
Chaque Région doit créer une vice-présidence à l’égalité hommes-femmes et à la lutte contre les violences faites aux femmes, disposant d’un budget propre et capable d’impulser une politique concertée incluant tous les axes nécessaires : accompagnement des personnes, logements d’urgence et de relais, soutien psychologique et juridique...