Pourquoi ? / Le constat : payer pour ça, c’est...
ARCHAÏQUE Que représente l’achat d’un acte sexuel, qui fonde le rapport prostitutionnel ? C’est la mise à disposition du corps des femmes pour les hommes, indépendamment du désir de celles-ci, garantie et organisée par la coercition de ceux-là, dans la lignée du « droit de cuissage » et du viol.
Loin d’être réductible à une transaction entre deux individus, au « consentement » de l’une à se plier aux exigences de l’autre, il s’agit d’un rapport fondamentalement inégalitaire, inscrit dans la domination sexiste.
VIOLENT Quel que soit le niveau de contraintes subi par la personne prostituée et l’étendue de son « consentement », de nombreuses recherches ont établi que les rapports sexuels non désirés constituent en soi une violence et entraînent des séquelles graves.
Ce constat exige une réponse des pouvoirs publics, qui ont la responsabilité de nommer les prostitueurs « agresseurs » et les amener à prendre conscience de la portée de leur acte.
INEXCUSABLE La nature violente du rapport prostitutionnel ruine également les démarches entreprises pour « civiliser » les prostitueurs, dans les pays où le proxénétisme est légalisé, mais aussi en France où quelques expériences de ce type ont été tentées [1]. Il s’agirait de demander aux « clients » d’être propres et polis, d’utiliser un préservatif, d’éviter les persnnes prostituées susceptibles d’être « contraintes » par un proxénète.
Ces propositions sont ubuesques et parfaitement impraticables dans les faits. On se demande bien comment ces hommes s’y prendraient pour vérifier le consentement et l’autonomie de la personne puisqu’ils la payent précisément pour échapper à toute responsabilité, ne pas se soucier de ses désirs, de sa volonté.
CRIMINEL Les études menées sur les attitudes et motivations des prostitueurs [2] montrent d’ailleurs que ceux-ci usent volontiers de personnes trafiquées, soit qu’ils se fichent des violences qu’elles subissent, soit qu’ils y trouvent un bénéfice : elles sont moins chères, plus dociles, ou bien ils recherchent une beauté « exotique ».
TÉMOIGNAGE / PAROLE D’EXPERTeS...
Naïma [3]
« Je ne comprends pas leur démarche. Le plaisir de payer ? Le pouvoir pour eux, apparemment, c’est aussi la possession de la femme. La prostitution, c’est avoir du pouvoir sur quelqu’un de plus faible. Au début, on cherche à comprendre ; après on laisse tomber.(...)
Pour moi, les clients sont violents ; il y a les violents physiques, les barbares - je paye, tu te tais et tu obéis - mais les autres aussi sont violents ; moralement, avec leurs moyens de pression. Au bout du compte, j’ai le sentiment que les clients préfèrent celles qui sont en pleine détresse, ça les excite plus. Ils aiment le challenge. »
Un prostitueur interrogé par Hubert Dubois sur le trafic d’êtres humains, dans son documentaire Clients de la prostitution, 2006.
« Quand je mange un bifteck, je ne me demande pas si la vache a souffert. »
UNE MESURE IMMÉDIATE
Le Service d’information gouvernemental, en lien avec les services des différents ministères concernés (Éducation, secrétariat aux droits des femmes...) doit mettre en œuvre une campagne de communication ambitieuse, dans la lignée des précédentes réalisations (violence routière, toxicomanies, lutte contre les violences conjugales...).
Sans ambiguïté, cette campagne visera à dissuader les hommes d’être prostitueurs, en affirmant que l’achat d’un acte sexuel est une violence.