Pourquoi ? / Le constat : Yes, we can...
TOUT METTRE EN ŒUVRE Pragmatiques dans la rencontre et le soutien de toutes les personnes prostituées, mais porteurs d’un projet de société ambitieux et libérateur, les abolitionnistes sont évidemment bien conscients qu’une société libérée du système prostitutionnel ne verra pas le jour demain matin.
Il est cependant éthiquement intolérable de se reposer sur cette réalité de la prostitution pour repousser sans cesse l’adoption de mesures permettant de lutter efficacement contre le système prostitutionnel. C’est pourquoi les militantEs abolitionnistes pronent l’abolition immédiate du système prostitutionnel. L’abolition de l’esclavage n’a pas permis la disparition de cette atteinte fondamentale à la dignité humaine, mais elle a permis l’avènement d’un consensus social et politique permettant de tout mettre en oeuvre pour lutter contre l’esclavage.
L’abolition du système prostitutionnel ne signifie donc pas la disparition de ce système mais bien l’engagement politique d’une société à prendre toutes les mesures permettant de mettre fin à ce système. Or, après les avancées successives de l’après-guerre, on a pu constater une stagnation puis une régression pendant plusieurs décennies : prostitution intégrée au champ du marché dans le cadre du capitalisme libéral, rétablissement du délit de racolage passif... Aujourd’hui, face à la situation d’échec des pays qui ont tenté de légaliser pour prétendument contrôler et qui font aujourd’hui face à… l’incontrôlable, il est temps d’engager une politique novatrice.
TÉMOIGNAGE / PAROLE D’EXPERTeS
Marie-Victoire Louis, sociologue [1]
« Je considère que ce qui doit donc être aboli, c’est le rapport de domination - le proxénétisme - qui légitime la possibilité même d’un échange sexuel marchand. Tant que le proxénétisme - à savoir le système de domination qui légitime, légalise, organise, politiquement, économiquement, symboliquement, culturellement, doctrinalement l’échange sexuel marchand de personnes, ne sera pas aboli, la "prostitution", le "système prostitutionnel" se perpétuera.
(...)
Le terme "d’abolition" (du proxénétisme) doit, lui, être maintenu (...) il est le seul terme qui marque qu’il s’agit d’une rupture radicale d’un système qui est posé solennellement comme, n’étant plus, du jour au lendemain, légitime.
Seul le terme d’ abolition pose d’emblée l’importance politique et symbolique de la rupture, à savoir que le principe même d’une domination sexuelle marchande ne fait plus partie des fondements, des valeurs d’une société. »
UNE MESURE IMMÉDIATE
Un groupe de travail parlementaire doit se constituer afin d’élaborer une loi-cadre - ou tout autre instrument législatif approprié - d’abolition du système prostitutionnel, incluant l’ensemble des mesures proposées par le Front du refus du système prostitutionnel.