Pourquoi ? Le constat : une politique...
INCOHÉRENTE La répression des personnes prostituées (racolage, arrêtés municipaux...) est le principal facteur d’incohérence des politiques publiques françaises en la matière. Cette politique révèle la primauté des préoccupations sécuritaires (préserver la tranquillité des riverains, « chasse » aux personnes en situation irrégulière) sur l’accès au droit des victimes du proxénétisme.
La France imite en cela les régimes prohibitionnistes (s’attaquer aux personnes prostituées) et réglementaristes (« gérer » le phénomène en fonction des intérêts des riverains), quitte à exposer les personnes prostituées à plus de violence, y compris institutionnelle. Injuste, arbitraire, peu opérante contre les réseaux de proxénétisme, la pénalisation des personnes prostituées est aujourd’hui unanimement dénoncée.
MORTELLE Nous qui accompagnons quotidiennement des milliers de personnes prostituées dans toute la France, nous témoignons des effets délétères du délit de racolage sur leur quotidien : livrées en patûre comme uniques « fauteuses de troubles », elles subissent brimages et vexations incessantes du voisinage ; lorsqu’elles s’isolent pour éviter les contrôles de police et les brutalités des passants, elles sont d’autant plus menacées, à commencer par les « clients »...
Le délit de racolage grève aussi les démarches de sortie de la prostitution : outre qu’il est une saignée financière, il identifie aussi les personnes prostituées comme des « coupables », alors qu’il est important qu’elles soient enfin reconnues comme victimes.
SEXISTE Par ailleurs le délit de racolage et son application illustrent la culture toujours patriarcale du monde judiciaire et politique : alors que les dispositions juridiques permettraient de condamner aussi bien le « client » prostitueur que la personne prostituée, le délit de racolage n’est appliqué que contre les personnes prostituées. Leurs avocatEs obtiennent d’ailleurs parfois leur relaxe en s’appuyant sur cette argumentation : en attendant la nécessaire suppression du délit de racolage, cette démarche courageuse doit être popularisée !
TÉMOIGNAGE/ PAROLES D’EXPERTeS...
Roselyne [1]
« Vous croyez que c’est drôle, le regard méprisant des gens sur vous, les bandes de jeunes qui jettent des préservatifs plein d’urine, des œufs pourris. Les prostituées ne sont pas des paquets de viande. »
Nadia [2]
« Il faut subir injures et propos racistes, même de la part des flics. En m’entendant parler arabe l’un d’eux m’a lancé “Fatma, tu la fermes.” Tout de suite le mépris, le tutoiement. »
Éric de Montgolier, procureur de Nice [3], préfère interpeller les "clients"
« J’ai toujours refusé de pénaliser les prostituées (...) mais le préfet et le maire m’ont demandé d’être plus offensif. J’ai souhaité sortir de l’hypocrisie. C’est trop facile de dire haro sur la prostituée. Elle n’exerce pas seule. Et le client ? Il est excusé (..)
La loi est mon guide. La prostituée attend en général le client de manière passive, lui se déplace pour lui demander le prix, il me semble que son comportement entre dans la définition du racolage. Je sais, c’est l’inversion d’un schéma ultra classique. Mais il est peut-être temps de prendre de la distance par rapport à l’imaginaire qui prévaut en la matière. »
UNE MESURE IMMÉDIATE
Abroger l’article 225-10 -1 du Code pénal.
Le fait, par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder publiquement au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles en échange d’une rémunération ou d’une promesse de rémunération est puni de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 Euros d’amende.